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Histoire

Wednesday, December 13, 2006

7:40  RELATION INÉDITE SUR JEANNE D'ARC par Jules Quicherat

(extrait de la Revue historique mai -août 1877)

Lorsque je publiai à la suite des procès de Jeanne d'Arc le recueil des témoignages rendus sur elle au xve siècle, j'espérais que le temps amènerait la découverte de documents nouveaux et que l'on arriverait à combler en partie, sinon en totalité, les lacunes que présentait encore cette merveilleuse histoire.

Jusqu'ici l'événement n'a pas répondu à mon attente. Malgré l'intérêt toujours croissant qui s'est attaché au personnage, ce qui s'est produit sur la Pucelle depuis trente ans se borne à trois ou quatre indications de valeur. Encore n'y a-t-il rien dans ce faible contingent qui ait été de nature à ouvrir des vues nouvelles sur le sujet.

Cette excessive rareté des pièces à joindre au dossier de Jeanne d'Arc donne un prix réel au morceau qu'on va lire. C'est un extrait fait au xvie siècle de l'un des registres depuis longtemps détruits de l'Hôtel-de-Ville de La Rochelle.

Le manuscrit existe à la Bibliothèque publique de La Rochelle, ou il forme un cahier qui s'annonce sous ce titre : Extrait de la matricule des maires, eschevins de la ville de La Rochelle, contenue au Livre Noir estant en parchemin, dans lequel sont incérez les choses qui sont survenues de remarque et dignes de mesmoire en chacune mairie, commencent en l'an mil cent quatre-vingt dix-neuf maire Robert de Montmiral.

Il n'y a pas de doute possible au sujet de l'auteur. Ce fut le greffier de l'Hôtel-de-Ville de La Rochelle en exercice pendant les deux années où se renferme la carrière de Jeanne d'Arc.

Son témoignage est celui d'un contemporain, mais non pas d'un témoin oculaire. On discerne parmi les éléments de sa relation des choses de provenance officielle, et d'autres qui ont le caractère de simples on-dit, de sorte qu'il a fait un égal usage des rapports qui venaient au bureau de la ville et des propos qui circulaient dans le public.

Le texte est incorrect, l'orthographe a été rajeunie, des mots ont été mal lus, peut-être même des phrases ont-elles été passées. Ces fautes sont le fait du manuscrit… Il ne faut pas s'attendre à y trouver une histoire suivie. Beaucoup de faits importants ne sont que mentionnés, d'autres ont été passés sous silence ; mais plusieurs points sont traités avec une véritable ampleur et présentent des détails tout à fait nouveaux….

…Le récit de la réduction de Troyes est ce qu'il y a de plus étendu dans la relation rochelaise. Le rôle actif de l'évêque pour disposer les habitants en faveur de Charles VII y est mis dans tout son jour, et celui de frère Richard le cordelier prend une importance que rien ne laissait soupçonner dans les chroniques, mais qu'il était possible d'entrevoir d'après le procès de condamnation.

Frère Richard fut un prédicateur de l'ordre de saint François qui accomplissait en 1429 une mission dans la partie de la France soumise aux Anglais. Ses sermons eurent une vogue extraordinaire, sa réputation fut celle d'un saint. Il se trouvait à Troyes lorsque l'armée française parut devant cette ville.

Les habitants, sommés de se rendre par la Pucelle, le députèrent pour savoir de lui ce qu'il fallait penser de cette femme.

Jeanne elle-même a raconté leur première entrevue dans l'un de ses interrogatoires. Le moine ne s'avançait qu'avec appréhension; il faisait des signes de croix et des aspersions d'eau bénite. Elle lui cria plaisamment : « Avancez hardiment, je ne m'envolerai pas. »

Ses juges auraient voulu lui faire dire autre chose, qu'elle ne dit pas et que cependant ils tinrent pour dit; car sa réponse telle quelle fut alléguée plus tard comme preuve de l'article du réquisitoire qui lui imputait de s'être fait adorer.

Que s'était-il donc passé?

La chose est tout au long dans notre document. Frère Richard, subjugué par la voix qu'il venait d'entendre et par le regard de Jeanne, s'agenouilla à quelque distance devant elle. Celle-ci, qui ne voulait pas de ces démonstrations (elle l'a toujours soutenu devant ses juges, et nous en avons ici la preuve), se jeta elle-même à genoux, pour détourner l'idée qu'elle fût l'objet d'un pareil hommage, en faisant comme si elle se fût unie avec le saint homme dans un acte commun de dévotion.

Lorsqu'ils se furent relevés, ils eurent ensemble un long entretien, à la suite duquel frère Richard rentra dans la ville, enthousiasmé pour la cause de Charles VII, et ne prêchant plus que pour la faire triompher.

Au moment où le roi se remet en route pour gagner Reims, le rédacteur rochelais raconte, comme s'il parlait d'après le témoignage des habitants de Troyes, un incident qui remplit ceux-ci de surprise: tandis qu'ils avaient les yeux fixés sur l'armée qui s'éloignait de leurs murs, ils virent des milliers de banderolles blanches, arborées aux lances des hommes d'armes, apparaître et disparaître comme par miracle.

Jeanne fut obsédée de questions, dans l'un de ses interrogatoires, au sujet de ces banderolles qui étaient une chose très-connue, à ce qu'il paraît, et qu'on avait vues ailleurs qu'à Troyes. On ne put rien tirer d'elle, sinon que les banderolles étaient de satin blanc, et qu'elle n'était pas maîtresse de ce que faisaient les gens d'armes.

Notre document ne donne donc pas encore l'explication du fait, mais il est permis de conjecturer qu'il se rapportait à quelque exercice de piété introduit dans l'armée par la Pucelle, et dont l'accusation cherchait à faire une pratique superstitieuse.

Texte du document :

L'an de grâce mil quatre cent vingt et neuf …le xxiije jour dudit mois de febvrier, vint devers le Roy nostre seigneur, qui estoit à Chinon, une Pucelle de l'aage de xvj à xvij ans, née de Vaucouleur en la duché de Laurraine, laquelle avoit nom Jehanne et estoit en habit d'homme. C'est assavoir qu'elle avoit pourpoint noir, chausses estachées, robbe courte de gros gris noir, cheveux ronds et noirs, et un chappeau noir sur la teste; et avoit en sa compagnie quatre escuiers qui la conduisoyent.

Quant elle fut arrivée au dit lieu de Chinon où le Roy estoit, comme dit est, elle demanda parier à luy. Et lors on luy monstra Monseigneur Charles de Bourbon, feignant que ce fust le Roy; mais elle dit tantost
que ce n'estoit pas le Roy, qu'elle le cognestroit bien si elle le voioit, combien que onques ne l'eust veu.

Et après on luy fit venir un escuier, faignant que c'estoit le Roy; mais elle cognut bien que ce n'estoit-il pas ; et tantost après le Roy saillit d'une chambre, et tantost qu'elle le vit, elle dit que c'estoit il et luy dit qu'elle estoit venue à luy de par le Roy du Ciel, et qu'elle vouloit parler à luy. Et dit-on qu'elle luy dit certaines choses en secret, dont le Roy fut bien esmerveillé.

Et après, la ditte Pucelle luy dit que, si il vouloit faire ce qu'elle luy ordonnerait, qu'il recouvreroit sa seigneurie et que lesdits Anglois s'en iroyent hors de son royaulme. Et après, pour ce que le Roy nostre dit seigr fut bien esmerveillé de la venue et dire de la ditte Pucelle et de son estat, il la fit interroger d'où elle estoit, de quoy elle avoit usé et pour quelle cause elle estoit venue.

Laquelle dit qu'elle estoit dudit lieu de Vaucouleur en Lorraine, et qu'elle avoit tousjours gardé les brebis, et qu'en les gardant luy estoyent venues par plusieurs fois advisions et admonestemans de venir par devers le Roy nostre dit seigneur, et que pour cette cause elle s'estoit mise en chemin et estoit venue de par ledit Roy du Ciel ; et que si le Roy nostre dit seigneur vouloit faire ce qu'elle ordonneroit, que les Anglois s'en iroient tous de son royaume ou mourroient, et recouvreroit tout ce qu'il y avoit perdu.

Le Roy la fit aussy interroger par ceux de son conseil, tant clers comme lays, pour scavoir si l'on la trouveroit point variant; mais elle fut trouvée en tel estat qu'il n'estoit aucun seigr, tel fust-il, qui sceust rien trouver contre elle ne la reprandre de chose qu'elle dist. Aussi elle se fasoit à confesser chacun jour et recevoit corpus Domini, et estoit femme de grande devotion et de saincte vie, et ne buvoit et mangeoit comme rien.

Et demeura la ditte Pucelle avecque le Roy nostre seigneur audit lieu de Chinon par aucun jour, et après il s'en vient à Poictiers et elle avec luy. Auquel lieu de Poictiers le Roy la fit encores interroger par clers grands et excellans ; mais ils la trouvoyent si ferme et si bien respondant de tout ce que l'on luy demandoit, que ceux qui parloyent à elle estoyent tout esmerveillés et disoient qu'ils tenoient que son fait venoit et procédoit de Dieu.

Et après elle fut baillée en garde à la femme de maitre Jean Rabateau, où elle demeura par aucun temps, durant lequel elle disoit de merveilleuses choses en poursuivant chacun jour le Roy qu'il assemblast ses gens pour aller lever le siége de devant la ditte ville d'Orléans.

Auquel lieu de Poitiers, durant ce qu'elle y fust, le Roy par son ordonnance lui fit faire un arnois pour son corps; et après que son dit arnois fut fait, elle dit au Roy qu'il envoyast un chevaucheur à Ste-Katerme de Fierboys quérir une espée qui estoit en une arche dedans le grand hostel de l'église; et tantost le Roy y envoya ledit chevaucheur, lequel demanda aux fabriqueurs de la ditte église la ditte espée; mais ils respondirent qu'ils ne savoient que c'estoit.

Et lors ledit chevaucheur leur dit qu'ils fissent diligence de la trouver, et que le Roy et la Pucelle le leur mandoyent; lesquels fabriqueurs et chevaucheur allèrent devers ledit grand autel et en une vieille arche qui n'avoit esté ouverte passé avoit xx ans, comme disoyent les dits fabriqueurs, trouvèrent la ditte espée, laquelle ledit chevaucheur apporta à ladite Pucelle, qui l'envoya à Tours pour y taire faire un fourreau d'ornement d'églize.

La ditte Pucelle estant audit lieu de Poictiers et après que son dit harnois fut fait, elle s'en arma et avec les gens d'armes alloit aux champs et couroit la lance aussy bien et mieux qu'homme d'armes qui y fust, et chevauchoit les coursiers noirs, de tels et de si malicieux qu'il n'estoit nul qui bonnement les osast chevaucher, et fesoit tant d'autres choses merveilleuses que chacun en estoit tout esmerveillé.

Et fit faire audit lieu de Poictiers son estandard, auquel y avoit un escu d'azur, et un coulon blanc dedans ycelluy estoit ; lequel coulon tenoit un role en son bec où avoit escrit de par le roy du ciel.

Ce fait, escrist aux Anglois audit siége une lettre close contenant cette forme :

« Roy d'Angleterre, faites raison au Roy du ciel de son sang réal; randés les clefs à la Pucelle de touttes les bonnes villes que vous avez enforcées en France. Elle est venue de par Dieu pour réclamer tout le sang réal, et est toutte preste de faire paix si vous luy voulés faire raison, par ainsy que France vous mettiez juz et paiez de ce qui vous l'avez tenue.

« Roy d'Angleterre, si ainsy ne le faites, je suis chef de guerre; en quelque lieu que je atteindray vos gens en France, se ils ne veulent obéir, je les en feray issir vueillent ou ne vueillent, et si ils veulent obéir, je les prandray à mercy. Croyant que, s'ils ne veulent obéir, la Pucelle vient pour les occire. Elle vient de par le Roy du ciel, corps pour corps, pour vous boutter hors de toutte France, et vous promet et certifie la Pucelle qu'elle y fera si gros hahay que encores y a il mil ans
que en France ne fut si grand, si vous ne luy faites raison. Et croyés fermement que le Roy du ciel luy envoyra plus de force que ne luy sauriez mener de tous assaulz à elle ne à ses bonnes gens d'armes.

« Entre vous, archers, compagnons d'armes, gentils et vilains, qui estes devant Orléans, allez-vous en en vostre pays de par Dieu. Si ainsy ne le faites, donnez vous en garde de la Pucelle et de vos dommages vous souvienne; ny prenez mye vostre opinion que vous ne tendrez mie France du Roy du ciel le ferez mais, ains la tiendra le Roy Charles qui entrera à Paris à bonne compaignie. Si vous ne croyez les nouvelles de Dieu et de la Pucelle, en quelque lieu que vous trouverons nous férirons dedans à horions : si verrons lesquelz milleur droit auront de Dieu ou de vous.

« Guillaume la Poule, conte de Suffolc, Jean sire de Tallebot, et vous Thomas sire de Scalles, lieutenant du duc de Bethefort, soy disant régent du royaulme de France pour le Roy d'Angleterre, faites responce si voulez faire paix en la cité d'Orléans. Si ainsy ne le faites, de vos dommages vous souvienne briefvement.

« Duc de Bethefort, qui vous dites régent de France pour le Roy d'Angleterre, la Pucelle vous prie et requiert que vous ne vous faciez destruire. Si vous ne luy faites raison, encore pourra venir qu'en sa compaignie les François feront le plus beau fait qu'encores fut fait en chrestienté.

« Escrit le mardy de la grand sepmaine. Entendés les nouvelles de Dieu de la Pucelle. »

Ainsy soubscrites : « au duc de Bethefort qui se dit régent pour le Roy d'Angleterre. »


La dite Pucelle estoit moult de saincte vie, comme dit est, et se confessoit bien souvent et recevoit corpus Domini, et aussy le faisoit faire au Roy nostre sgr et à tous les chefs de guerre et à leurs gens.

Et après qu'elle eut escript aux dits Anglois les dittes lettres closes, elle fit son ordonnance pour aller advitailler ladite ville d'Orléans et aller en personne ; et estoient-ils Monsieur de Retz, M. le bastard d'Orléans, Lahyre et plusieurs autres seigneurs et gens de guerre avec elle.

Et fit tant qu'elle entra et fit entrer, le mercredy viije jour de may l'an mil ccccxxix, grand quantité de vivres en ladite ville d'Orléans. Et elle mesme et les dits seigneurs y entrèrent sans ce que les dits Anglois saillissent de leur siége ne y missent aucun empeschement.

Et quant elle fust entrée dans ladite ville d'Orléans, elle fit retourner lesdits seigneurs audit lieu de Bloys quérir le demeurant des vivres qui y estoyent demourez, et leur ordonna qu'ils les amenassent hardiment par la Beausse et n'eussent point de peur, car ils ne trouveroyent qui se mist au devant d'eux.

Lesquels seigneurs y allèrent et amenèrent ledit demourant des vivres en laditte ville d'Orléans par laditte Beausse sans
ce que les Anglois se apparussent à eux ; desquels vivres les bonnes gens d'icelle ville d'Orléans furent tous reconfortez, car ils en avoyent bien nécessité.

Et tous lesdits vivres ainsy entrés, elle et les dits seigneurs et gens de guerre allèrent devant la bastide de Saint-Loup et la prirent par force et par assault, et y moururent bien sept vingt Anglois.

Le vendredy en suivant, xme jour dudit moys de may, la ditte Pucelle estant en la ditte ville d'Orléans fist son ordonnance pour aller assaillir, ledit boullevart du pont et ledit hostel des Augustins; et de fait y alla avec les dits seigneurs estans en sa compaignée. Et après que eux et leurs gens eurent ouy messe et eux confessé par l'ordonnance
d'icelle Pucelle, elle fit crier et tromper à l'assault, et prirent tantost ledit hostel des Augustins.

Et le lendemin prirent aussy de bel assault ledit boullevart du bout du pont, où il avoit bien de six à sept cent hommes d'armes d'Anglois, dont estoit chef Glacidas, lieutenant du conte Salcebery; lequel Glacidas en se retirant en une tour cheut en Leyre et bien deux ou trois cent en sa compaignée par le moyen du pont qui rompit, et le demourant fut mort et pris.

Et dura l'assault bien cinq heures ; et de nos gens ne mourut que un champion, dont les dits srs et tout le monde furent bien merveillez, car ledit bouievart estoit si fort, que l'on tenoit que tout le monde ne l'eust peu prandre sur les Anglois qui estoyent dedans tant qu'ils eussent eu vivres, si non que ce fust par grâce et puissance divine.

Et estoit la dite Pucelle armée tout à blanc au dit assault, son estandart en une main et son espée en l'autre, et y fut blessée d'un traict en la poictrine; mais elle n'en partit point pour tant et n'en fît compte, combien que ceux qui la voyent blesser, et qui virent comme elle osta le traict, disoient qu'elle seigna grandement et qu'elle estoit bien blessée.

Mais ce nonobstant elle manda au conte de Talbot, qui tenoit la bastide du costé de la Beausse, qu'il s'en allast de par Dieu, et comment qu'il fut, qu'elle ne le trouvast pas le lundy matin ensuivant, ou autrement qu'il luy en prandroit mal.

Lequel Talbot leva laditte bastide le dimanche matin et s'en alla en autres forteresses angloises estans entour la dite ville d'Orléans; et lessèrent ceux de ladite bastide leurs bombardes, canons, artilleries et autres habillemans de guerre et grande force de vivres, qui tout fut emmené en la ditte ville d'Orléans…

Après ces choses ladite Pucelle s'en alla devers le Roy pour le querir et amener en la dite ville d'Orléans. Et demoura par aucuns jours avec luy, et après elle s'en retourna de rechef dudit lieu d'Orléans et tantost alla mettre le siége devant Gergeau où estoient le conte de Suffolc, le conte de la Poule et autres seigneurs anglois à grand puissance.

Et incontinant que ladite Pucelle fut devant, ledit conte de Suffolc saillit dehors et alla à Monsieur le bastard d'Orléans et luy dit que l'on ne donnast point d'assault audit lieu de Gergeau et qu'il la randroit; mais ce nonobstant ladite place fut assaillie d'un des costez par l'ordonnance de ladite Pucelle et fut tantost prise d'assault le vendredy xe jour de jung ledit an mil ccccxxix.

Et quant ledit conte de Suffolc vit ladite prise, par ce que Monsr d'Alançon qui y estoit et autres seigneurs le vouloyent prandre prisonnier, il dit qu'il ne se rendroit point à eux, se deust estre mort, en criant à haute voix : « Je me rens à la Pucelle « qui est la plus vaillante femme du monde et qui nous doit tous sub- juguer et mettre à confusion. » Et de fait vint à ladite Pucelle et se rendit à elle; et ledit conte de la Poule fut prisonnier à mondit sgr d'Alançon.

A ladite prise mourut messire Alexandre la Poule et bien de cinq à six cent Anglois, et les autres furent prisonniers. Et dit et affirma par serment ledit conte de Suffolc, après ce qu'il fut ainsy randu, que dedans ledit lieu de Gergeau avoit cinq cent chevaliers, escuiers et autres gens d'armes des meilleurs de toute l'Angleterre, et deux cents archers d'élitte aussy des meilleurs d'Angleterre.

Et ce fait, ladite Pucelle et lesdits srs sus nommez allèrent mettre le siège devant Boygensis, où avoit de quatre à cinq cens Anglois, lesquels rendirent tantost la place en la main du Roy et s'en partirent d'icelle à telle condition qu'ils ne se armeroyent contre le Roy jusques à certain temps.

Et si tantost que ladite reddition fut faitte, qui fut le xviije jour de jung, Talbot, Fastre, Hongrefort, Remiston de Galles et autres capitaines, et plusieurs Anglois qui estoyent nouvellement arrivez sur Leyre jusques au nombre de [mille] trois cent combattans ou environ, descampèrent icelle place; et eux en fuyant furent poursuivis par nos gens tellement qu'il en demeura que pris que morts sur la place plus de deux mil six cent, et n'eschappa aucun des dits chefs anglois que tous ne fussent prisonniers. Et estoyent nos dites gens bien xvi mil combatans et plus…….

Après la desconfiture faite, le Roy nostre sr, la ditte Pucelle et les seigneurs estans en leur compaignie prirent leur chemin pour aller à Raimps faire sacrer et couronner le Roy nostre dit sr.

http://www.stejeannedarc.net/livres/Quicherat_chron_La_Rochelle/Quicherat_chron_Rochelle.pdf

Suite sur la page de Jean Lesguisé

Friday, December 1, 2006

13:13  Rétablissement du premier président Jean de Nicolaï en ses fonctions, par Henri IV, 22 février 1591

Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à noz ames et feaulx les Gens tenans nostre Chambre des comptes transferée à Tours, Salut et dillection.
Nous sommes duement informez que nostre amé et feal conseiller en nostre Conseil d’Estat et premier president en nostredicte Chambre, Me Jehan Nicolay, receut commandement du deffunct Roy, nostre tres cher et tres honnoré seigneur et frère, que Dieu absolve, peu apres la mort du feu duc de Guise, de continuer à faire sa charge en nostre ville de Paris jusques à ce qu’il eust de luy autre commandement, et ce pour y maintenir et procurer ce qui estoit de son service. Au moyen de quoy il n’auroit osé desemparer ladite ville, en laquelle il eust esté constitué prisonnier avec noz autres officiers, sinon qu’il s’absenta, cacha et lattita.

Et voiant les désordres qui s’y faisoient et que luy estoit impossible d’y faire son debvoir, se retira des le mois de may mil Vc iiiixx neuf en sa maison aux champs, aiant esté contrainct de signer et faire le serment de la Ligue, ainsy que plusieurs et des principaux de noz aultres officiers; où il auroit attendu les sièges de Pontoise et de Paris, qui estoient ja fort proches et résoluz, ausquelz il auroit assisté et faict plusieurs services; et lors de nostre voyage à Dieppe et à Arques, seroit, par nostre commandement et permission, allé en nostredicte ville de Paris, tant pour en tirer sa famille, que pour aultres secrettes particularitez, où il alloit seullement sejourné cinq ou six jours, et désirant continuer ce qui estoit de nostre commandement, auroit séjourné en sadicte maison aux champs tout l’hivert; et nous seroit venu peu apres trouver au siege que nous aurions mis devant ladicte ville de Paris, où il auroit assisté, nous y faisant de bons et signalez services et assistant en nostre Conseil d’Estat, mesmes nous aiant en noz urgans affaires secouru de bonne et notable somme de deniers, tant du sien que sur son credit.

Et d’autant qu’il ne seroit pas raisonnable, attendu le service que ledict sr Nicolay nous a faict, tant ausdictz sieges de Pontoyse, Paris, en nostre Conseil d’Estat, que de ses moyens, que les reiglemens qui ont esté faictz pendant ledict temps en nostredicte Chambre luy apportassent préjudice, soit en ce que par iceux il est dict que la réception des officiers qui se présenteront passera des deux tiers des voix des juges qui y auront assisté, soit en ce qu’il est dit qu’ilz présenteront leurs lettres en personne et que le procureur general n’aura poinc moins de six mois pour informer de leurs comportemes, avons declaré et declarons, par ces presentes signées de nostre main, que le séjour et retardement dudict sr Nicolay a esté pour les raisons susdictes; le tenant et réputant, voullant qu’il soit tenu et réputté par vous comme s’il avoit rendu le service actuel en nostredicte Chambre des la translation d’icelle, et, comme tel, il puisse et luy soit loysible entrer en ladicte Chambre et y exercer sondict office ainsy qu’il a faict cy devant, sans souffrir qu’il luy soit donné aucun empeschement, soit à raison dudict serment de la Ligue, sejour, reiglemens par vous faictz, et aultres choses quelzconques, que ne voullons avoir lieu en son endroit, pour ces causes et aultres particullieres considerations à ce ce nous mouvans, et dont nous l’avons dispencé et dispenceons, vous mandant faire registrer ces presentes en voz registres, pour incontinant apres se rendre par ledict sr Nicolay au service qu’il nous doibt en nostredicte Chambre. Car tel est nostre plaisir. Donné au camp devant Chartres, le vingt deuxiesme febvrier, l’an de grâce mil cinq cens quatre vingtz unze, et de nostre règne le deuxiesme.

Signé: HENRY
Et plus bas: Potier
(original, archives Nicolay)

Saturday, November 11, 2006

Claude de Mesmes, comte d'Avaux, par Tallemant des Réaux

Tallemant des Réaux, Gédéon. Historiettes : mémoire pour servir à l'histoire du XVIIe siècle

(le sujet de cette historiette est Claude de Mesmes, comte d'Avaux, né en 1595, mort à Paris le 19 novembre 1650; vers la fin de l'historiette, il est aussi question de son frère.)

M. d'Avaux étoit frère du président de Mesme. Nous avons dit, dans l'historiette de Voiture, qu'il aimoit les femmes, et qu'il n'étoit pas mal fait. Il en conta ici à la fille d'une conseiller au Chatelet, nommé M. d'Amours. C'étoit une belle fille, et qui avoit deux beaux noms, car elle s'appelloit Aurore d'Amours. On croit qu'il a eu assez de privautés avec elle; et comme il ne voulut pas l'épouser, elle se fit religieuse. M. d'Avaux avoit déjà été ambassadeur à Venise, et avoit fait la paix du Nord, quand cette belle se mit dans un couvent. Dans le Septentrion, il passoit pour un fort grand personnage, et pour un homme de bien. Le mari de la comtesse Eléonore, fille du roi de Danemark, que nous avons vu ici avec sa femme, disoit que M. d'Avaux les avoit pensé faire devenir fous en Danemark, tant il faisoit le roi, et qu'une fois il lui dit en riant: “Bien, monsieur, voila qui est bien: faisons bien la comédie.”

M. d'Avaux étoit l'homme de la robe qui avoit le plus de bel esprit, et qui écrivoit le mieux en françois. On croit que le cardinal de Richelieu ne l'aimoit point quoiqu'il l'employât. Le feu Roi mort, cet homme, avec cette réputation, avoit droit de prétendre quelque chose. On lui donne une abbaye de dix-huit mille livres de rente: il la reçoit pour un de ses neveux, fils de son cadet M. d'Irval, ne voulant pas apparemment tenir cela pour une récompense, et aussi ne voulant pas que ce bénéfice fut perdu pour sa famille. (En une autre rencontre il eut de la cour quarante mille écus dont il acheta une charge à un d'Erbigny, fils de sa soeur, et une compagnie aux gardes, qu'il donna au frère de celui-la.)

La Reine, ou plutôt M. de Beauvais, le fait surintendant des finances avec M. Le Bailleul. Le cardinal Mazarin ne pouvoit alors empêcher qu'on ne l'élevât; mais après il lui fit donner l'emploi de Munster pour l'éloigner. Servien, qui devoit aller ambassadeur à Rome, fut proposé par Lyonne en la place de Chavigny pour être son collègue. Ils ne furent pas long-temps ensemble sans se quereller. Des Charleville, Servien eut un courrier particulier; cela donna de la jalousie à l'autre. D'un autre côté, d'Avaux avoit un grand équipage, car, avec les appointements de surintendant et les quinze cents écus qu'il touchoit par mois de la cour, comme plénipotentiaire, il avoit cinquante mille écus à manger. Servien le pria de considérer qu'il n'avoit pas tant à dépenser, et qu'il lui feroit plaisir de se régler, afin qu'il n'y eut point tant de différence. D'Avaux répondit que chacun faisoit de son bien ce qu'il vouloit.

D'ailleurs, on dit qu'il y avoit eu un peu de galanterie, et qu'il en avoit conté à madame Servien, qui eut été quasi la petite-fille de son mari, et qui étoit jolie et coquette. Il y a un recueil imprimé des lettres, ou plutôt des factums que lui et Servien ont écrits l'un contre l'autre. Enfin, M. de Longueville les accomoda, ou du moins fit en sorte qu'il n'y eut plus de scandale.

En 1647, que se fit la rupture de la paix générale, la cour ne fut pas trop satisfaite de lui, et le cardinal dit au président de Mesme qu'il savoit bien que d'Avaux ne l'aimoit pas. Il avoit Lyonne pour ennemi. Il étoit surintendant des finances; M. d'Emery ne vouloit point un tel collègue, et d'ailleurs on avoit quelque soupçon qu'il ne pensât au chapeau, car il faisoit furieusement le catholique: il avoit dit que la religion catholique étoit ruinée en Allemagne si on faisoit ce que les Protestants demandoient. Il dit, plaignant le duc de Bavière, que c'étoit le prince le plus catholique de l'Europe. Il porta les intérêts des ennemis de la Landgrave de Hesse, et, allant en Hollande pour empêcher la paix avec l'Espagne, il demanda la liberté de conscience. On a cru qu'il faisoit cela pour porter les Catholiques d'Allemagne à demander pour lui un chapeau de cardinal. L'annéè d'apres il eut ordre de la cour de revenir à Paris, dans sa maison; de ne se point mêler de sa charge de surintendant des finances, et de ne voir le Roi ni la Reine. Il vint à Roissy chez son frère aîné, entre Paris et Senlis. Depuis, il se démit volontairement de sa surintendance, lorsqu'il avoit comme refait sa paix, et que d'Emery étoit mort.

Dès ce temps-la la dévotion l'avoit pris. Un jour, Ogier, le prédicatàur, a qui il avoit donné deux mille livres de rente sur cette abbaye de son neveu, ayant pressenti que M. d'Avaux méditoit sa retraite, lui dit, comme ils étoient dans cette belle maison qu'il a fait batir rue Sainte-Avoie: “Voici qui est magnifique; mais ce n'est rien en comparaison de cette maison céleste, etc.” L'autre s'ouvrit à lui. Il avoit résolu de se retirer dans une espèce de désert en Bretagne, d'y batir quelque couvent, ou même d'instituer quelque nouvel ordre; car ne croyez pas que cet homme manquat de vanité, il en avoit: témoin cette maison dont nous venons de parler. Elle revient à huit cent mille livres; cependant elle est petite, et il n'y a pas un appartement complet: la place seule lui tenoit lieu de deux cent cinquante mille livres. Dans leur partage, il y avoit des maisons qu'on louoit fort bien; ailleurs, pour la somme qu'il y a employée, il eut fait un beau bâtiment; mais il vouloit bâtir in fundo avito, car les de Mesme se piquent furieusement de noblesse, quoique leur bisaïeul ne fut qu'un docteur en droit à Toulouse; mais ils disent que c'étoit un gentilhomme qui montroit le droit pour son plaisir, et qu'ils font venir d'un consul Memmius; au moins se sont-ils laissé cajoler de ce grotesque.

Il avoit la tête un peu bien petite pour avoir beaucoup de cervelle, et il me souvient qu'il mena étourdiment le cardinal Mazarin à l'oraison funèbre du feu Roi que fit Ogier, où il y avoit bien des choses contre le cardinal de Richelieu. La mort ne lui permit pas de faire cette retraite. Il mourut de fièvre, en 1650, à l'âge de cinquante-cinq ans ou environ. Son frère de Mesme mit dans les billets d'enterrement: haut et puissant seigneur et commandeur des ordres du Roi. Il faut être évêque, archevêque ou cardinal pour cela. (Cependant les autres officiers de l'ordre le mettent, et il y a fondement à cela dans l'institution, tant tout y est bien digéré.) Il avoit été officier (de l'ordre) et s'étoit conservé le cordon; il étoit charitable. Durant qu'on batissoit sa maison, il faisoit payer les journées et panser à ses dépens les ouvriers qui se blessoient. Il ne fit point de testament; peut-être ne croyoit-il pas mourir si tôt? On dit qu'il avoit dessein de faire le fils aîné de M. d'Irval, aujourd'hui d'Avaux, son héritier. Il avoit prié Frotté, cet homme qui fut si fidèle au maréchal de Marillac, son maître, de l'avertir de donner sa vaisselle d'argent aux pauvres. Frotté l'oublia. Sa femme s'en ressouvint et l'écrivit à M. de Mesme. Pépin, son intendant, lui en parla. Il dit: “On trouvera un écrit pour cela dans mon cabinet.” Mais pour moi, je doute que le président de Mesme en ait rien fait, car il donna si peu aux valets, dont il y en avoit tel qui avoit servi vingt ans M. d'Avaux, que c'étoit une chose honteuse. (D'Avaux leur donnoit beaucoup. – T)

D'Avaux oublia cruellement le pauvre Ogier le Danois, [frère du predicateur] qui n'a jamais rien eu de lui après l'avoir servi dans tout le Septentrion, et y avoir ruiné sa santé. Mais il défendit de demander compte à Pépin, son intendant, “car, disait-il, je ne crois pas qu'il me doive rien,” et il lui laissa la maison où il loge. On consulta si on devoit faire une oraison funèbre. Ogier dit que comme on ne pouvoit s'empêcher de parler du grand effort qu'il fit à Munster pour faire signer la paix, cela hoqueroit la cour. Cet Ogier a fait son éloge au-devant des sermons qu'ils a donnés au public.

Le president de Mesme traitoit si fort ses frères de haut en bas, qu'il ne daignoit quasi leur ôter le chapeau. Il ne se levoit pas et disoit: “Donnez un siège à mon frère.” Ce n'étoit point par familiarité, c'étoit par orgueil. (Il appelloit sa femme Demoiselle.) Il avoit aimé les femmes, et il disoit, quand il en avoit payé quelqu'une, car je crois qu'il n'en avoit guère autrement, qu'il lui étoit permis de demander: “Il m'en a tant coûté; trouvez-vous que ce soit trop cher?” Comme on dit: “Cette étoffe me coûte tant, ai-je été trompé?” Il mourut un mois après son frère d'Avaux. Il laissa sa charge de président au mortier à son neveu d'Avaux, à condition qu'il épouseroit une de ses filles; il en a deux. La charge lui sera comptée pour quatre cent mille livres, et pour rien si sa fille ne le veut pas épouser. C'est pour conserver la charge dans sa famille, et M. d'Irval doit exercer la charge jusqu'à ce que son fils soit en âge. Ce fils est reçu en survivance, et je pense qu'il la laissera exercer à son père tant qu'il voudra. On l'appelle le président de Mesme. Il y a un dicton au Palais: De Mesme toujours de Mesme. Quand il parloit d'un conseiller qu'il estimoit: “C'est, disoit-il, un grand sénateur.” Il railloit M. d'Irval, son cadet, comme un écolier, et M. d'Avaux comme un avocat. Il avoit cent mille livres de rente en fonds de terre. La confiscation de Bussy, frère de sa première femme, tué par Bouteville, lui a valu quarante mille livres de rente. La veuve, qui est de Fosse, et qui a inclination pour l'épée, a donné sa fille en catimini à La Vivonne, fils de Mortemart.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31570c/f388.table

Monday, November 6, 2006

0:44  Lettres de Monsieur Bochetel à Monsieur de Laubespine son gendre et du roi Henri II

Lettre de Monsieur Bochetel à Monsieur de Laubespine son gendre touchant la mort du Roy françois premier et de la mutation de quelques ministres.

Mon fils j'ay presentement receu la lettre que m'avéz escrite par ce porteur vous advisant qu'un jour ou deux avant le trepas du Roy nostre maistre je vous fais scavoir par la poste l'extremité de sa maladie par où vous pouviez [397] bien conjecturer qu'il n'y avoit pas grande esperance en son affaire - Maistre Jacques Bourdin vous en a depuis escrit et cejourd'huy ie vous en ay encores escrit par Alincourt tant y a que le dernier de l'autre mois entre deux ou trois heures apres midy il rendit l'âme à Dieu et vous advise qu'il y a cent ans quil ne mourut prince avec si grande contrition ne repentance et en si grance connoissance de Dieu qu'il a fait, le jour mesme qu'il mourut nous demendasmes Monsieur le general Bayard et moy au Roy qui est apresent ce qu'il luy plairoit que nous fissions dautant que nous avions plusieurs lettres et pacquets à quoy n'avoit esté respondu il nous fit response que nous le suivissions ce que nous avons fait Messieurs les Cardinal de Tournon et Admiral sont demeurez avec le Corps en ce lieu et le jour mesme que le Roy y arriva y arriva pareillement Monsieur le Connestable [397v] qui incontinant a embrassé tout le fais des affaires je me suis presenté à luy et vous advise qu'il ma faict bonne chere me disant qu'il estoit mon amy et qu'il me le donneroit à cognoistre, Marchaumont et le receveur de Sens ont esté créez Secretaires des finances j'ay mis peine de sentir comme nous en estions vous et moy et ma'on assuré que le Roy en avoit bonne opinion et se vouloit servir de nous, j'ay recommandé vos affaires à Monsieur le Connestable qui m'a confirmé ce que dessus et ma dit que les matieres d'Estat se despecheroient par Marchaumont vous et moy et ledit receveur de sens il luy a pleu prendre mon fils pour le suivre et escrire soubs ses secretaires Marchaumont s'advance tant qu'il peut et je me retire neantmoins ie continue à despescher tout ce que j'ay accoustumé et trouvé qu'on me faict bonne chere et vous assure que [398] j'ay trouvé plus d'amis que ie ne pensois en une telle et si soudaine mutation le pauvre Monsieur general Bayard a eu congé assez estrangement comme ie vous diray et vous assure que quelque mal que j'aye receu de luy i'en ay eu pitié venez vous en quand vous voudrez car on vous fera bonne chere il y a beaucoup de mutations dont ie ne vous escriray pour cette heure quant à Monsieur l'Admiral le Roy n'en a parlé qu'honnestement de son traictement je ne scay quel sera touttesfois je pense que les Estats luy demeureront on dit que Monsieur le Cardinal de Tournon se veult retirer, voila ce que j'ay à vous escrire pour cette heure me recommandant à vous et priant Dieu vous donner ce que desiréz

de Sainct Germain en Laye ce quatriesme Avril et audessoubs vostre bon pere Bechetel et sur le doz [398v] est escrit, A mon fils Monsieur de Laubespine Conseiller du Roy et Secretaire de ses finances.

Le 14 septembre 1547 Le Roy confirma le choix qui avoit esté faict par Monsieur le Connestable et par ses lettres pattentes dudict jour apres avoir faict mention qu'incontinant apres son advenement a la Couronne il avoit choisy les sieurs Bochetel de Laubespine Clausse et du Thiert pour expedier toutes les affaires d'Estat il leur donna à chacun iii m[ille] lt d'augmentation de gages outre les xvi c[ent] xxiii lt x s qu'ils avoient comme secretaires des finances.

Lettres patentes par lesquelles le Roy confirme l'eslection des [399] quatre secretaires d'Estat et leur augmente leurs gages de trois mil Livres chacun.

Henry par la grace de Dieu Roy de france à tous ceux qui ces presentes lettres verront Salut comme à nostre nouvel advenement a la Couronne et pourvoyant et donnant ordre à la conduitte et direction de noz affaires nous eussions entre autres choses faict eslection de quatre de noz amez et feaux Conseillers et secretaires de noz commandemens et finances c'est assavoir Maistres Guillaume Bochetel Cosme Clausse Claude de Laubespine et Jean du Thiert pour faire les expeditions et despeches d'Estat selon le departement des charges lieux et endroicts [399] et provinces que Nous leur avons limitez et distribuez pour distinctement et respectivement en respondre afin que chacun deux sceust ce qu'il a à faire et que doresnavant telles expeditions et despeches d'Estat qui sont les choses plus dignes et importantes qui soient à manier aupres de nostre personne fussent sans aucune confusion mais avec l'ordre et dignité quil appartient conduittes et maniées par quoy ayant esgard à ce que nosdicts Conseillers et secretaires de nos finances dessus nommez pour satisfaire chacun endroict soy à ce quils doivent pour nostredit service et entiere satisfaction de leurs charges qui sont de grand et extreme labeur soing vigilence et dilligence sont astraincts et continuellement resider pres et allentour de nostre personne à grands fraiz et despens nous avons advisé comme il est plus que raisonnable de leur accroistre et [400] augmenter jusques à trois mil livres tournois à chacun par an leurs gages pention et entretenement qui par l'institution ancienne desdict offices souloit estre seullement de seize cens vingt livres dix sols tournois qui est bien peu pour le temps eu esgard à la charté de vivre qui est excessive et importable pour le respect du passé que aussy à la grande continuelle despense que à cette occasion il faut quils fassent à nostre suitte pour ces causes et autres à ce nous mouvans voulans leur donner bonne et juste occasion de continuer au bon et loyal devoir qu'ils ont fait jusques icy au faict de leurs charges à nostre tres grand contentement et satisfaction et à ce quils ayent moyen de plus honnorablement eux entretenir aupres de nous à iceux et à chacun deux avons par ces presentes ordonné et ordonnons pour lesdicts gages et entretenement [400v] esdicts estats et offices ladicte somme de trois mil livres avoir et prendre par chacun an par quart et esgale portion es quatre quartiers de chacune année à commancer du premier jour d'avril dernier passé qui fut le commencement de nostre regne que nous leur departismes leursdictes charges et ce par les mains du Tresorier de nostre Espargne par leurs simples quittances et sans quil soit besoin en avoir ne recouvrer generallement ou particullierement autre acquit ne mandement que cesdictes presentes ne attendre que la partie soit couchée ny employée es estats generaux au particuliers de nosdictes finances Si donnons en mandement par ces mesmes presentes à noz amez et feaux les gens de noz Comptes et tresoriers de nostre Espargne apresent et advenir que lesd[ites] Creues et augmentation de gages et entretenement ils fassent souffrent [401] et laissent nosdicts quatre Conseillers et secretaires des nosdictes finances dessus nommez jouir et user plainement et paisiblement en payant baillant et dellivrant par ledit Tresorier de nostredit Espargne et à chacun deux des deniers d'Icelle nostredit espargne ladicte somme de trois mil livres par chacun an par quart et esgale portion es quatre quarters de l'année par leursdictes simples quittances à commencer et tout ainsy et par la forme et maniere que dessus est dit et en rapportant cesdictes presentes signées de nostre main ou vidimus d'Icelles faict soubs scel Royal pour une fois avec leur quittance sur ce suffisante seulement nous voulons ce que payé baillé et dellivré leur aura esté à la cause dessusdictes estre passé et alloué es comptes et rabatu de la recepte de nostredit Espargne par lesdicts gens de nos comptes ausquels nous mandons [401v] ainsy le faire sans difficulté Car tel est nostre plaisir nonobstant que la partie ne soit chacun an couchée en l'estat general de noz finances L'ordonnance de noz coffres du Louvre Celles faictes a Coignac et sallelles où il est dit entre autres choses que les acquits expediées pour plus longtemps que d'un an n'auront lieu et quelconques noz ordonnances tant anciennes que modernes faictes sur le faict ordre et distribution de noz finances ausquelz ensemble à la desrogatoire y contenue nous avons pour cette fois desrogé et desrogeons par cesdictes presentes ausquelles en tesmoing de ce nous avons fait mettre et apposer nostre scel.

Donné à Fontainebleau le quatorziesme jour de septembre l'an de grace 1547 et de nostre regne le premier
Signé
henry
et sur le Reply par le Roy Le sieur de Montmorency Connestable de france [402] present de Neufville et scellee de cire jaune sur simple queue.

Voilà certainement en quel temps et de quelle façon les secretaires d'Estat et des commendemens ont esté tiréz du corps des secretaires des finances et le nombre limité à quatre lequel n'a point esté depuis augmenté au moins pour avoir suitte et pour la fonction.

Au commencement ils ne prirent qualité que de secretaires des finances comme le portoient leurs provisions mais le temps les ayans affermis en leur establissement ils s'intitulerent secretaires d'Estat et des commandemens et finances et firent employer ce titre dans les provisions de ceux que le Roy receut en leurs charges à leur survivance ce qui a depuis esté suivy par leurs successeurs et hoirs.

Référence: www.ranumspanat.com/secretaries_16cent.htm

Monday, October 2, 2006

Deux lettres du roi Henri IV au premier Président Jean Nicolay, 16 et 14 novembre 1603

Deux lettres du roi au premier président Jean Nicolay, datées du 16 et du 14 novembre, 1603, au sujet des rentes de l’Hôtel de ville de Paris. Il semble que ces deux lettres furent envoyées ensemble, bien qu’elles n'aient pas écrites de la même main ou le même jour:

Mr Nicolay, je vous anvoye mon édyt de supressyon des sys ofyces de receveurs des rantes de ma vylle de Parys, qui je desyre estre veryfyé au premyer jour, aynsy que la justyce et le soulagement de mes suyes m’a convyé à les suprymer. Pour les mesmes consyderasyons, vous deves estre porté à an veryfyer la supressyon, ce que je m’assure que vous feres, toutes aferes cessantes, sachant bien l’afectyon que vous aves à mon cervyce et aus aferes que je vous recommande partyculyerement, comme celle cy. Sur ce, Dieu vous ayt, Mr Nycolay, an sa saynté et dygne garde. Ce xvi eme novambre, à Fontenebleau.

Signé HENRY
(original autographe, archives Nicolay.)

[Sur le même sujet, mais de la plume d’un secretaire du roi, Potier, deux jours plus tôt]

Monsr le president, comme je suis journellement inquietté des plaintes que l’on me faict du desordre qui se commet au maniement des rentes constituées à l’hostel de ma ville de Paris, et que le plus grand mal et deffault se recongnoist proceder de la multiplicité des offices que j’ay establiz à la recepte et payement desdictes rentes, à quoy veritablement la necessité de mes affaires, plus tost qu’aultre apparence d’utilité publicque, a donné lieu, je me suis resolut d’y pourveoir, et ay, avec beaucoup de considerations et meure deliberation que j’ay faict en mon Conseil en cest affaire, trouvé necessaire la suppression desdicts offices de recepveurs et payeurs, qui sont à presen au nombre de six, pour les rejoindre et reunir tous en un seul office de recepveur et payeur. J’en envoye l’edict en ma Chambre des comptes, où je desire qu’il soit aussi tost registré qu’il y sera presenté, affin que le remede ne tarde davantage à estre apporté au public et portez à regret cette confusion du payement desdictes rentes, que vous teniez la main et y donniez tout l’advancement qui y sera requis de l’authorité de vostre charge; comme vous ferez aussi à l’execution du surplus de ce que vous verrez avoir esté par moy ordonné, estant en mon Conseil, pour estre informé au vray de ce qui peult avoir esté commis d’abuz et malversations ausdictes rentes, pour y pourveoir plus expressement par les voies et moiens que cest affaire meritera. M’asseurant du soing que vous aurez de faire effectuer, en ce que dessus et depend de l’execution dudict arrest, ce que vous y verez de ma volonté absolue, je prieray Dieu qu’il vous ayt, Monsr le president, en sa sainte garde.
Escrit a Fontaynebleau, le xiiii jour de novembre 1603.

Signé: HENRY

Et plus bas, POTIER

Monday, September 25, 2006

La Coustume de Troyes, publiée en 1509, sous la direction de Thibaud Baillet et Robert Barme

Extraits

Ceulx ausquelz appartiennent heritaiges, maisons, places ou édifices à Troyes joignant et contiguz les ungs des aultres, ne acquierent l'ung sur l'autre
aucune servitute ne possession de porter et soustenir toutes veues d'huys, fenestres ou passages les ung sur les aultres par quelque temps qu'ilz ayent
permis ou souffert les choses devantdicte, se n'estoit que de ce eust tiltre expres.

Chascun peult lever son édifice sur sa place tout droit à plomb et à ligne si hault et avaller si bas que bon luy semble et contraindre son voisin à retraire
chevrons et toutes aultres choses qu'il trouvera portans sur sa place, nonobstant que par long temps ils y eussent esté.

Se d'aventure il y a mur, cloison ou closture motoyenne entre deux voisins et elle dechet et va à ruyne, l'ung peult contraindre l'aultre à contribuer à la
reparation ou soustenement d'icelle ou à renoncer à la communaulte de ladite closture.

On ne peult faire four en son heritage contre le four ou mur de son voisin s'il n'y a pied et demy d'espesseur entre deux. Et pareillement on ne peult faire
chambre aysée contre son voisin s'il n'y a pied et demy d'espesseur....

En matiere de cryées de heritages, le sergent est tenu appeller deux tesmoings du moins par chascune cryée; aultrement son exploit sera nul...

Le proprietaire ne peult démolir ne deteriorer heritage qui doit censive, coustume ou aultre droict seigneurial, au prejudice de ladicte censive tellement que le seigneur en puisse chascun an prendre son droict sur ledict heritage....

La femme mariée est en la puissance de son mary (supposé qu'elle ayt pere ou ayeul paternel), en telle maniere qu'elle ne peult faire contractz entre vifz ou aller en jugement sans l'auctorité de sondict mary, ou de justice quand aux actes judiciaires.

Le mary peult par contractz entre vifz faire et disposer à son plaisir de tous les biens meubles, debts et conquestz immeubles durant et constant le mariage de luy et de sa femme, sans le consentement de sadite femme, soyt que lesdictz conquestz soyent faictz par eux ou l'ung d'eux.

Le mary et la femme sont communs en tous biens meubles, debtz et conquestz immeubles, en telle maniere que apres le trespas de l'ung ou de l'aultre, lesdictz biens meubles, debtz et conquestz immeubles se partent par moytié entre le survivant et les heritiers du premier trespassé; et doyvent payer les debtes passives par moytié, s'il n'y a privilege de noblesse du costé du mary tel que cy devant a esté articulé, ou qu'il y ayt traité de mariage derogant a ce....

La femme est douée par douaire coustumier de la moytié de tous les heritages et biens immeubles que tient et possede son mary au jour de leurs nopces ou espousailles, et de ceulx qui durant leur mariage escheent audict mary en ligne directe, duquel douaire elle est saisie et vestue par le trespas de sondict mary ; lesquelz elle est tenue prendre et recepvoir en l'estat que ilz escherront et audict estat les delaisser. Et au regard des maisons et édifices, elle demeure tenue et chargée de les soustenir et maintenir de pel, torche et couverture, et les jardins et vignes de faceons et labours accoustumez, et de closture au regard de ceulx que sont cloz. Et pareillement les terres labourables et prez estans en nature et audict estat, les delaisser en la fin de sa vie au proprietaire lequel prent les fruictz et revenuz desdicts heritaiges, telz et en l'estat qu'ilz sont au jour et heure du trespas d'icelle femme. Et s'il y a douaire prefix, elle en est semblablement saisie et vestue si tost et incontinent que elle aura accepté ledict douaire prefix, en telle maniere qu'elle n'est tenue en prendre delivrance par ses mains de l'heritier ou executeur du testament de son feu mary, mais les peult exploicter, prendre et lever de ce mesme faict par ses mains, si pour ledict douaire prefix luy estoit baillé maison ou seigneurie ou rente par assiete....

Les fruictz industriaulx estans es heritages propres de deux conjoinctz par mariage, ou de l'ung d'eulx, se partent apres le trepas du premier decedant
d'eulx deux, par moytié entre le survivant et les heritiers du premier decedé, s'il n'y a privilege ou traicté au contraire. Et sont réputés fruictz
industriaulx les fruicts pendans en vignes, et les bleds estans semez es terres et estangs allevinez. Et sont tenuz de fournir et faire par moytié les fraiz
et faceons qu'il convient faire esdictz heritages, depuis le deces dudict premier decede jusques apres la despouille d'iceulx heritages...

Le testateur, en faisant son testament, n'est tenu garder les solennitez de droit civil, mais suffist escripre et signer son testament de sa propre main; ou le passer en main de deux notaires, ou du curé et ung notaire, ou du curé et deux tesmoins, ou d'un notaire et deux tesmoins, ou de quatre tesmoings,
pourveu que lesdictz tesmoings soient ydoines et suffisans, et qu'ils ne soyent legataires....

Les bestes espavees et aultres biens meubles, non reclamez, trouvez au territoire et justice du seigneur hault justicier, appartiennent audict hault
justicier. Toutefois ledit hault justicier est tenu, avant que les applicquer à luy, les faire publier par trois fois dedans l'octave au lieu accoustumé à
faire cris ou à exercer justice en sa terre. Et s'il vient aucun qui les reclame en prouvant suffisamment qu'ils sont siens, luy doibvent estre delivrez en
payant les fraiz de justice raisonnablement. Et se telz biens sont perissables et ne sont reclamez dedans l'octave,le seigneur les peult faire vendre au plus offrant...

Habitants, communitez, ne aultres gens particuliers ne peuvent pretendre, ne avoir droict d'usage ne pasturage en seigneurie et haulte justice d'aultruy sans tiltre ou en payer redebvance au seigneur, son procureur, ou recepveur, par temps suffisant pour acquerir prescription.

On garde oudict bailliage que les habitans des villes et villages, dont les villages ou territoires sont voisins attenant l'ung à l'aultre, peuvent mener, champoier et ban pasturer leurs bestes grosses et menues, les ungs sur les aultres, de clocher à aultres. Et s'ilz le passent et y sont prins par la justice du lieu, il y a amende de soixante solz tournois contre chascune gardé ou proye entiere estans soubz ung baston ou gardé par la communité, avec la restitution du dommage; et s'il y a bestes de gens particuliers et ils y passent et sont prins comme dessus, il y a seullement cinq sols tournois d'amende. Et neanmoins bestes blanches peuvent estre menees si loing que l'on veult, pourveu qu'elles retournent ou puissent retourner au giste de jour en leur finage. Et se aultres bestes demourent au giste oultre lesdictz clochiers à garde faicte, en ce cas auroit l'amende arbitraire.

Se beste ou bestes sont trouvées à garde faicte faisant dommage à aultruy, y a soixante sols tournois d'amende avec restitution du dommage, et se c'est par eschappee non poursuye ou sans garde, y a seullement cinq solz tournoys d'amende avec restitution du dommage.

Se pourceaulx sont trouvez en vigne, y aura amende arbitraire avec restitution de dommage.

En boys et forests d'usage, se aucun non usager est trouvè et prins forfaisant, y a confiscation des cheveaulx, harnois et utils, et des bestes qui y
seroyent prinses, et perdition du boys. Toutefoys on y peult passer sans arrester ne poser, et sans y faire ne porter dommage. Et aussi, se aucunes bestes par eschappée y estoient trouvée poursuye, il y auroit seullement restitution du dommage.

En boys forests de vente, l'on ne peult ou doibt mener aulcunes bestes ban pasturer jusques à cinq ans passés, apres ce qu'ils sont couppez, pour la
conservation des regectz et revenues jusques à ce que le boys se puisse deffendre suffisamment. Apres lequel temps l'on peult bien pasturer en tous boys de clocher à aultre commme dessus est dit, fors en boys de garenne et de deffence, excepté que chevres n'y peuvent estre menées à peine d'amende arbitraire.

Eaues et rivieres banales, s'aucun y a pesché sans le congé du seigneur ou de son fermier, il y a amende de soixante sols tournois avec restitution du
poisson pour chascune foys. Et oultre s'il y est trouvé et prins en present meffaict, avec filletz et harnois, il y a confiscation des nacelles, filletz et
harnois, avec ladite amende de soixante sols. Et s'il est trouvé pescheant de nuict au feu, ou pescheant en estangs ou fossez deffendu, ou chassant en garenne, il y a amende arbitraire....

Se aucun hault justicier veult édifier de nouvel ung estang à poisson en sa justice, faire le peult, pourveu que sa chausse soit en son fonds et justice, et peult dilater son eaue sur les heritages voisins assis en sadite justice en recompensant preallablement de faict et avant que inunder ceulx ausquels appartiennent. Et lesdictz heritages d'autre heritages equiposent....

Chaulx boys bons à moissonner et édifier, portans glan et paisson et qui sont en lieu où il n'est memoire d'avoir eu labourage, sont reputez boys de haulte
fustaye....

Quand aucun demourant à Troyes, ou à quatre lieues à l'environ, vend vin en gros en la ville et banlieu dudict Troyes, et l'achepteur le debite audict Troyes
ou à ladicte banlieu, ledict achepteur est tenu rendre et restituer au vendeur les vaisseaulx apres que ledict vin est debité, suppose qu'il ne soit dict ne
convenu en faisant ladicte vendue. Et s'il est debité hors ladicte ville et banlieue, ledict achepteur n'est tenu rendre lesdictz vaisseaulx. Et telle est la coustume de ladicte ville....

Les coustumes et articles cy dessus escriptz ont esté leuz et publiez en la grand salle de la maison du Roy à Troyes par Jacques Nier, notaire royal et greffier du bailliage de Troyes, par l'ordonnance et es presences de nous, Thibauld Baillet, conseiller du Roy notre sire, president en sa court de Parlement, et Roger Barme, advocat dudict seigneur de ladite court, commis et deputez de par ledict seigneur pour faire ladicte publication. Et aussi en la presence de:

maistre Charles de Villeprouvée, procureur de l'évesque de Troyes, estant devers le Roy;

frere Edmery Erard, abbé de Sainct Martin des Aires de Troyes;

frere Guillaume Joly, abbé de Cellieres

maistre Nicole le Bascle, l'aisné, doyen de l'église Sainct Pierre de Troyes

maistre Loys de Courceilles

maistre Jean Hennequin, aussi archediacre en ladicte église

maistre Jehan de Veelu, doyen de Sainct Estienne de Troyes

maistre Nicole Hennequin, doyen de Sainct Urbain

maistre Jean Millon, official de Troyes éleu pour le clergé

maistre Oudard Hennequin, archediacre de Puisoye, en l'église D'Auxerre

maistre Jehan Huyart

maistre Nicole le Bascle, le jeune

messire Nicole de la Vielz Ville, chanoyne de l'église dudit Troyes

maistre Jehan de Celieres, chevalier en l'eglise Sainct Estienne

messire Jehan Marquart, chanoine d'icelle église

messire Pierre Grisier, chanoyne et chantre de Villemor

messire etc

Monday, August 28, 2006

Disparition de la noblesse ? par Gérard Delille

On ne peut pas expliquer, on ne peut pas comprendre l'histoire des noblesses européennes au XIXe siècle sans revenir en arrière, sans considérer le poids du passé et en particulier la situation par bien des aspects catastrophique qui s'était créée au cours du XVIIIe siècle. "L'un des grands traits - méconnu - de l'Europe prérévolutionnaire réside dans le recul du nombre des nobles. De 1750 à 1815, la noblesse européenne perd près du tiers de ses effectifs, phénomène essentiel qui explique bien des situations du XIXe sièlce". Cette affirmation de Jean Meyer ne pose pas seulement un problème important; elle nous ramène au coeur du drame fondamental dans lequel s'était enfermée peu à peu les noblesses européennes et qu'elles n'ont pu ou su, la plupart du temps, résoudre. Pendant la période moderne, de l'Angleterre à l'Espagne et à l'Italie en passant par la France et l'Autriche, les majorats et les fidéicommis accompagnés le plus souvent d'interdictions d'aliéner les biens, la primogéniture et le célibat plus ou moins généralisé des cadets sont devenus les piliers fondamentaux de l'ordre nobiliaire et de ses "privilèges". Le retour à ces mécanismes de transmission patrimoniale (très différents des mécanismes communs qui prévalent dans les autres classes sociales) s'est réalisé suivant des modalités, une intensité et une chronologie variable suivant les pays; il ne fait pas de doute toutefois que la deuxième moitié du XVIe siècle et les débuts du XVIIe siècle ont constitué, de ce point de vue, un tournant décisif.
...
Première et évidente conséquence du retour au système de la primogéniture et aux brutales restrictions apportées au mariage des cadets, les taux de célibat masculin explosent littéralement à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle.
Dellile G. Introduction in Les noblesses européennes au XIXe siècle. École française de Rome, 1988. 3-5

Monday, August 21, 2006

Stratégies éducatives de la noblesse au XIXe siècle, par Monique de Saint Martin

Composantes d'un système où la famille contrôle l'ensemble des stratégies de reproduction: prise en charge totale par la famille de l'emploi du temps des enfants, recherche d'établissements privés non-mixtes, très homogènes et très protégés, contrôle du réseau des relations grâce notamment au système des rallyes et des soirées ménageant des rencontres informelles et favorisant les mariages entre gens de même monde.

Dans l'aristocratie, la famille dessine et définit en effet de façon précise l'espace du marché matrimonial et laisse peu de place au flou. Les invitations, les vacances dans les châteaux ou les grandes maisons de famille des parents, les réunions (goûters des enfants, parties de tennis, de bridge, dîners, rallyes, soirées etc.) constituent autant d'occasions d'apprendre à se repérer dans cet espace et d'intérioriser le sens de la qualité des personnes rencontrées.

L'apprentissage de l'art d'écrire, de recevoir, de se tenir, du sens de la manière dont il faut s'adresser aux autres, leur parler, se présenter à eux, le sens de ce que l'on doit et peut leur proposer ou leur demander sont fortement intériorisés et d'autant plus sans doute que la famille dispose d'un capital symbolique plus important.

Quant à l'éducation scolaire, elle doit prolonger l'éducation familiale, inculquer principalement des dispositions éthiques religieusement garanties, surtout bien sûr, pour les filles confiées à des pensionnats ou à des cours privés tesl que les Oiseaux, Sainte-Marie, Lübeck, La Tour. Les établissement privés auxquels sont confiées les jeunes filles de l'aristocratie et de la bourgeoisie constituent des établissements très homogènes, chacun ayant sa spécificité, recrutant dans des fractions sensiblement différentes (les Oiseaux par exemple un peu plus dans l'aristocratie provinciale, Lübeck un peu plus dans la bourgeoisie des affaires etc.); par les contacts qu'ils favorisent au sein d'un groupe même homogène, ils sont l'une des bases de l'endogamie.

L'école se trouve ainsi être dans le prolongement direct de la famille.

Saint-Martin, Monique de. Noblesse sociale et noblesse scolaire: Analyse sociologique de quelques cas de reconversion. in Les noblesses européennes au XIXe siècle. École française de Rome, 1988. p. 396-97

Monday, August 7, 2006

20:44  Les Flagellants

Connaissant... les tendances populaires de l'époque, on ne saurait s'étonner que la profonde émotion causée par les terribles épreuves de la Peste noire se soit traduite par une soudaine fièvre de repentir.

Soudain, au printemps de 1349, le pays [l'Allemagne] se couvrit de bandes de Flagellants... Tout se passa, au début du moins, avec ordre et décence. Les Flagellants marchaient par troupes modérément nombreuses, dont chacune était menée par un chef et deux lieutenants. Il leur était strictement défendu de mendier. Seuls étaient admis à prendre rang parmi eux les gens qui promettaient obéissance au capitaine et qui possédaient assez d'argent pour faire face à leurs dépenses personnelles... D'ailleurs, dans les villes où ils passaient, on leur offrait toujours l'hospitalité; ils avaient le droit d'accepter le logement et la nourriture, mais ne devaient jamais passer deux nuits dans la même localité. Moines et prêtres, nobles et paysans, femmes et enfants, enrôlés dans une même pensée de contrition, cherchaient à apaiser la colère de Dieu. Ils chantaient des vers grossiers:

[Que s'approchent ceux qui veulent faire pénitence
Nous fuyons les flammes de l'Enfer
Lucifer est un méchant bougre...]

Ils se flagellaient à des moments déterminés. Les hommes se mettaient nus jusqu'à la ceinture et se frappaient avec des lanières armées de quatre pointes de fer, si énergiquement, dit un témoin oculaire, que parfois il fallait deux secousses pour détacher la pointe de la chair. Ils déclaraient que cet exercice, poursuivi pendant trente-trois jours et demi, lavait l'âme de toute souillure et rendait le pénitent aussi pur qu'au jour de sa naissance.

... quand ils envahirent la France, Philippe de Valois intervint et il ne purent pénétrer au-delà de Troyes. À la vérité, les gardiens de l'ordre public ne pouvaient envisager sans quelque crainte une pareille démonstration populaire, capable de devenir dangereuse en s'organisant de façon plus régulière....

Déjà ces troupes errantes avaient pris un caractère menaçant: en diverses localités, leur zèle avait provoqué de cruelles persécutions contre les Juifs; leur haine de l'Église se manifestait par des symptômes évidents et se traduisait par des attaques contre les propriétés des églises et des ecclésiastiques. D'ailleurs l'Église voyait d'un mauvais oeil une démonstration religieuse qu'elle-même n'avait pas prescrite... On pouvait non sans raison redouter que l'esprit de haine et d'indiscipline des Flagellants ne se déchaînât ouvertement. Les Mendians [Dominicains et Franciscains] entreprirent de décourager cette contrition populaire et s'attirèrent une hostilité qui n'hésita pas à se traduire par des actes. À Tournai, l'orateur des Flagellants dénonça les religieux comme des scorpions et des antéchrists; sur les frontières de la Misnie, deux Dominicains, qui avaient entrepris de ramener à la raison une bande de Flagellants, furent assaillis à coups de pierres. L'un des moines fut assez agile pour s'enfuir, l'autre fut lapidé jusqu'à la mort.

Clément VI... reconnut le danger que courrait l'Église à permettre ces incorrectes manifestations de zèle, à tolérer la formation d'associations et de congrégations non reconnues.... Cependant ce ne fut qu'en 1349 que parut la bulle de condamnation.

Lea H.C. Histoire de l'Inquisition au Moyen-Âge (1904). Paris: Robert Laffont, 2004.

Thursday, August 3, 2006

10:58  L'épée et la bannière de Jeanne d'Arc

Dans ce texte du procès contre Jeanne d'Arc, on devine les insinuations de sorcellerie de l'interrogageur et on constate le bon sens, la fermeté et la franchise de Jeanne, animée par sa mission divine.

[L’INTERROGATEUR : Aviez-vous une épée ?]
JEANNE : J'avais une épée que j'avais prise à Vaucouleurs.
[L’INTERROGATEUR : N'aviez-vous pas une autre épée ?)]
JEANNE : Etant à Tours ou à Chinon, j'envoyai querir une épée qui était dans l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, derrière l'autel. Cette épée fut trouvée sur-lei champ, toute rouillée.
L’INTERROGATEUR : Comment saviez-vous que cette épée était là ?
JEANNE : Je le sus par mes voix. Il y avait par-dessus cinq croix. Onques n'avais vu l'homme qui l'alla querir. 'écrivis aux gens d'Eglise du lieu d'avoir pour agréable ne j'eusse cette épée, et les clercs me l'envoyèrent. Elle était sous terre, pas fort avant, et derrière l'autel comme il me semble. Au fait, je ne sais pas au juste si elle était devant l'autel ou derrière. Je cuide avoir écrit qu'elle était derrière. Aussitôt qu'ils eurent trouvé cette arme, les clercs du lieu la frottèrent. La rouille tomba aussitôt sans efforts. Ce fut un marchand d'armes de Tours qui l'alla querir. Les clercs du lieu me donnèrent un fourreau ; ceux de Tours également. Les deux fourreaux qu'ils me firent étaient de velours vermeil et l'autre de drap noir. J'en fis faire encore un autre de cuir bien fort.
[L’INTERROGATEUR : Aviez-vous l'épée de Fierbois quand vous fûtes prise ?]
JEANNE : Quand je fus prise, je ne l'avais point. Je la portai constamment depuis que je l'eus jusqu'à mon départ de Saint-Denis, après l'assaut de Paris.
[L’INTERROGATEUR : Quelle bénédiction fîtes-vous ou fîtes-vous faire sur cette épée ?]
JEANNE : Je ne l'ai point bénite ni fait bénir. Je ne l'eusse su faire.
[L’INTERROGATEUR : Vous teniez beaucoup à cette épée ?]
JEANNE : Je l'aimais bien parce qu'elle avait été trouvée
dans l'église de Sainte-Catherine que j'aimais bien.
L’INTERROGATEUR : Avez-vous été à Coulonge-la-Vineuse ?
JEANNE : Je ne sais.
L’INTERROGATEUR : Avez-vous posé quelquefois votre épée sur l'autel pour la rendre plus fortunée ?
JEANNE : Non, que je sache.
L’INTERROGATEUR : N'avez-vous jamais fait des prières pour que votre épée fût plus fortunée ?
JEANNE : Il est bon à savoir que j'aurais voulu voir tout mon harnais bien fortuné.
L’INTERROGATEUR : Aviez-vous votre épée quand vous fûtes prise ?
JEANNE : Non, j'en avais une qui avait été prise sur un Bourguignon.
L’INTERROGATEUR : Où est restée l'épée de Fierbois ? dans quel village?
JEANNE : A Saint-Denis, j'ai offert une épée et des armes, mais ce n'était pas celle-là.
[L’INTERROGATEUR : Aviez-vous cette épée à Lagny ?]
JEANNE : Je l'avais à Lagny. De Lagny à Compiègne je portai l'épée du Bourguignon que j'ai dit. C'était une bonne épée de guerre, bonne à donner de bonnes buffes et de bons torchons.
[L’INTERROGATEUR : Où avez-vous laissé l'épée de Fierbois ?]
JEANNE : Dire où je la laissai ne touche point le procès et ne répondrai pas là-dessus quant à maintenant.
[L’INTERROGATEUR : En quelles mains est votre avoir ?]
JEANNE : Mes frères ont mes biens, chevaux, épée et le reste, ainsi le crois, montant à plus de douze mille écus.

L’INTERROGATEUR : Quand vous allâtes à Orléans, aviez-vous un étendard ou bannière, et de quelle couleur ?
JEANNE : J'avais une bannière dont le champ était semé de lis. Il y avait la figure du monde et deux anges à ses côtés. Elle était de toile blanche, de celle qu'on appelle boucassin. Il y avait écrit dessus : Jhesus Maria, comme il me semble, et elle était frangée de soie.
L’INTERROGATEUR : Ces noms Jhesus Maria étaient-ils écrits en haut, en bas ou sur le côté ?
JEANNE : Sur le côté, comme il me semble.
L’INTERROGATEUR : Qu'aimez-vous mieux, votre bannière ou votre épée?
JEANNE : J'aimais quarante fois mieux ma bannière que mon épée.
L’INTERROGATEUR : Qui vous fit faire cette peinture sur la bannière ?
JEANNE : Je vous ai assez dit que je n'ai rien fait que du commandement de Dieu.
[L’INTERROGATEUR : Qui portait votre bannière ?]
JEANNE : C'est moi-même qui portais ladite bannière quand je chargeais les ennemis, pour éviter de tuer personne. Je n'ai jamais tué un homme.

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/martyrs/martyrs0006.htm

11:20  Déposition de l'aumônier de Jeanne d'Arc lors de son procès de réhabilitation

Déposition de frère Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne.

J'étais au Puy, où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l'avaient menée au roi quand j'ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d'elle. » Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J'étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean, Dupuy, bourgeois de la ville: Nous l'y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l'afinerez bien. » Jeanne leur répondit « Le bon Père me rend bien contente. J'ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui. » Le lendemain je l'ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j'ai toujours suivi Jeanne et n'ai cessé d'être son chapelain jusqu'à Compiègne.
On m'a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu'il en était d'elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.
………..
Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N'est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l'avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l'aurais prise. — Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu le renies et tu es. si près de la mort ! » Moins d'une heure après cet homme tomba dans l'eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.
Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l'apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de messire que tu es vrai héritier de France et. fils du roi, et il m'envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté. »

A la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes. que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu'ainsi il avait bien confiance en elle.

Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.
Jeanne me disait qu'elle était vexée de tant d'interrogatoires ; qu'on l'empêchait de faire sa besogne, qu'elle était impatiente d'agir, qu'il en était temps.

Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c'était Dieu — ce qu'elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l'étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J'étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.
................
Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait tin couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants recevaient le sacrement de l'Eucharistie, pour qu'elle communiât avec eux. Et c'était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu'on y chargeait sur les bateaux. A Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d'y faire peindre l'image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l'honneur de la bienheureuse Marie. 'Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d'armes d'y être s'il ne s'était confessé le jour même, et telle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté.

Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d'armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce jour-là et le lendemain on coucha dans les champs. Le troisième jour, on arriva en vue d'Orléans... Les gens d'armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s'avancèrent jusque dans le voisinage de l'ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d'eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d'armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l'ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière. Peu de jours après, à la suite d'une quantité d'hommes d'armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n'y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais C'était merveilleux. Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d'eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n'attaquèrent ni les clercs ni les hommes d'armes.

A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d'armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l'assaut à la bastille Saint-Loup. Ce jour-là, d'autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l'entendîmes qui criait : « Où sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre. » Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l'attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés. Elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l'assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s'y trouvaient furent faits prisonniers. Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l'Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s'en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort. Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d'avertir publiquement tous les hommes d'armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l'Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d'Orléans serait levé et qu'il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l'événement.

Ainsi, comme je l'ai dit, nous prîmes ce jour-là, la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d'élite et bien armés. Il n'y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.

Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, elle s'abstiendrait de guerroyer et de s'armer par révérence de bette fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier.

Ce qu'elle fit. Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu'il ne se fût préalablement confessé. Elle dit encore qu'on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu'on eût le dessous.
C'est en ce jour de l'Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (5 mai 1429) :

« Vous, hommes d'Angleterre, qui n'avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu qu'il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus.
Ainsi signé :
« JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle. »

« Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup; car ils ne sont pas tous morts. »

La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles ». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très. grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs. » A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur.
Le soir, après souper, Jeanne me dit qu'il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n'avais fait le jour de l'Ascension et que je la confesserais de très grand matin.

En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d'armes allèrent à l'attaque, qui dura du matin jusqu'au soir. Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.
Jeanne, qui avait l'habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu'elle avait. eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d'achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu'on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c'était par une grande grâce de Dieu qu'ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d'armes fassent demain une sortie. » Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j'ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s'accomplira et tiendra et que le vôtre périra. » Et s'adressant à moi qui étais près d'elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus que vous ne l'avez fait aujourd'hui, et agissez le mieux, que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j'aurai fort à faire et plus ample besogne que je n'ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein.

Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l'assaut de la bataille du Pont où était l'Anglais Clasdas (Glgsdale). L'assaut dura depuis le matin jusqu'au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l'après-dîner, Jeanne, comme elle l'avait prédit, fut frappée d'une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.
Quelques hommes d'armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J'aimerais mieux mourir que de faire chose, que je susse être un péché, ou contraire à la volonté de. Dieu. Je sais,' bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S'il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie. » On appliqua sur la blessure de l'huile d'olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l'assaut, en criant : Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux l Tu m'as appelée putain ; j'ai grand'pitié de ton âme et de celle des tiens. » A cet instant Clasdas;, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé. Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l'âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.
………..
J'ai souvent ouï Jeanne assurer qu'il n'y avait dans !son fait qu'un pur ministère ; et , quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s'est vu. comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses;» elle répondait: « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques mil clerc n'a lu, tant soit-il parfait en cléricature. »

Saturday, July 29, 2006

15:19  LA LÉGION D'HONNEUR - HISTOIRE DE L'ORDRE

Après l'abdication de Napoléon, le Gouvernement provisoire maintint la Légion d'honneur.
Louis XVIII, dans l'ordonnance du 19 juillet 1814, garantit les droits des membres de l'Ordre, tout en supprimant les traitements pour les nouveaux nommés.
Il désigna un nouveau Grand Chancelier en la personnne du Baron de Pradt, Archevêque de Malines, personnage peu recommandable qui cèdera très tôt sa place au Comte de Bruges, un général d'émigration.
Le Roi rétablit parallèlement les Ordres royaux: L'Ordre du Saint-Esprit (100 membres de la haute noblesse), l'Ordre de Saint-Michel (100 membres uniquement civils) et l'Ordre de Saint-Louis reéservé aux militaires.

C'est en fin de compte son universalité qui sauvera la Légion d'honneur: elle récompense civils et militaires en jouit d'un éclat incomparable. Il faut ajouter qu'il y avait en 1814 environ 31 000 Légionnaires, pour la plupart nostalgiques de l'Empire, et que, politiquement, la suppression de l'Ordre eût présenté un réel danger.
La famille royale distribuera donc des Légions d'honneur à ses fidèles partisans à un rythme effréné (10 000 décorations en 8 mois !), réservant les Ordres royaux à la noblesse.

Napoléon, à son retour de l'Île d'Elbe, supprime, par le décret du 13 mars 1815, toutes les décorations qui n'ont pas été signées de la main du Grand Chancelier Lacépède, et il s'attache à récompenser ses propres fidèles...

Après les Cent-Jours, Louis XVIII nomme la maréchal Macdonald, Duc de Tarente, Grand Chancelier. C'est un maréchal d'Empire qui est resté à l'écart de l'aventure des Cent-Jours. Celui-ci s'efforcera , avec un certain succès d'ailleurs, de maintenir la cohésion des Légionnaires.
L'ordonnance du 26 mars 1816 instaure "l'Ordre Oryal de la Légion d'honneur", en codifie l'insigne, les prérogatives etc. dans un souci d'égalité avec l'Ordre de Saint-Louis. Mais, deux mois plus tard, l'ordonnance du 22 mai place dans le protocole les Légionnaires derrière les détenteurs de l'Ordre de Saint-Louis.
Charles X ne fera guère évoluer cette situation.
Il faudra attendre la Monarchie de Juillet pour que la Légion d'honneur recouvre sa primauté. Le décret du 7 août 1830 fait de la Légion d'honneur le seul ordre national. Elle le restera jusqu'en 1963, année où l'Ordre National au Mérite est créé.

Thursday, July 13, 2006

21:36  Catherine de Medicis et la sorcellerie par Édouard Brasey

A l'époque de la Renaissance, la pratique de la sorcellerie et de la magie noire est telle que la cour de France elle-même n'en est pas exempte. Le règne des Valois, notamment, est entaché de multiples cas d'envoûtements, dont la plupart sont perpétrés à l'instigation de Catherine de Médicis. Née à Florence, celle-ci a été initiée dès son plus jeune âge à la magie et à l'art des poisons. Devenue veuve d'Henri II, elle continue à exercer le pouvoir durant la régence de ses deux fils, Charles IX et Henri III. On dit qu'elle porte sur l'estomac, en guise de protection, une peau d'enfant égorgé, semée de figures et de caractères cabalistiques, et entretient auprès d'elle une troupe d'astrologues, alchimistes, mages et sorciers de tout poil. Parmi eux, Cosme Ruggieri, fils du médecin de Laurent le Magnifique.

En 1570, redoutant l'influence du prince de Condé, de l'amiral de Coligny et de son frère d'Andelot sur Charles IX, Catherine de Médicis commande à Ruggieri un « envoûtement d'airain ». Pour mettre en oeuvre ce redoutable maléfice, le mage florentin fait fondre en grand secret par un artisan du Marais trois statues de bronze à l'effigie exacte des trois chefs huguenots. Ces statues sont ensuite percées de trous à divers endroits stratégiques, notamment les jointures et la poitrine, dans lesquels viennent se loger des vis en acier. Le mage n'a plus qu'à prononcer certaines paroles magiques, empruntées à un petit ouvrage plein de caractères hébraïques, tout en serrant très lentement les vis... Quelques mois plus tard, Condé tombe de cheval à la bataille de Jarnac et est abattu par un gentilhomme de la garde royale. D'Andelot meurt dans les mêmes conditions à Montcontour le 3 octobre. Sur les corps des deux hommes, les médecins notent la présence d'étranges marques sur les articulations des bras, les cuisses et la poitrine... Quant à Coligny, il tombe gravement malade mais survit aux attaques occultes de Cosme Ruggieri. Ce n'est que pour mieux périr, trois ans plus tard, lors de la Saint-Barthélemy.

Mais Cosme Ruggieri joue double jeu. Bien que grassement rétribué par Catherine, qui met à sa disposition le château de Chaumont où il poursuit à grands frais la quête de l'or alchimique, le Florentin trempe dans le complot fomenté par deux amis intimes du duc d'Alençon, frère de Charles IX et prétendant au trône : Annibal Coconnas, un noble piémontais, et le comte de La Mole, amant de Marguerite de Navarre, fille de Catherine et future épouse d'Henri IV, surnommée familièrement la reine Margot.

Pour hâter la mort de Charles IX qui, à 24 ans a l'apparence d'un vieillard et crache des litres de sang, Ruggieri modèle une statuette de cire à l'effigie du roi, dans laquelle il plante un clou acéré au niveau du coeur. Mise au courant du complot, Catherine de Médicis fait écarteler à quatre chevaux La Mole et Coconnas, avant de faire clouer ce qui reste de leurs corps aux portes de Paris. Quant à Ruggieri, elle le fait cruellement torturer, puis l'exile à Marseille, antichambre des galères, avant de le gracier et le rappeler à elle au printemps de 1574 pour améliorer le sort du jeune Charles IX, toujours moribond.

Cosme Ruggieri propose alors à la reine d'organiser une séance de nécromancie, la « cérémonie de la tête qui parle ». Dans la nuit du 28 mai 1574, dans l'une des neuf tours du château de Vincennes, encore appelée aujourd'hui la tour du Diable, Ruggieri, accompagné d'un moine apostat, dresse un autel couvert d'un drap noir, éclairé par des chandelles noires, sur lequel est posé un calice d'ébène rempli de sang coagulé, ainsi qu'une hostie blanche et une hostie noire. Au-dessus de l'autel, l'effigie de la Mère des Ténèbres est couverte d'un triple voile noir. Accompagnée de deux intimes et de Charles IX, Catherine donne l'ordre de commencer la messe noire.
On fait alors entrer un enfant juif, jeune catéchumène qui s'apprête à recevoir le baptême. Le prêtre noir commence à dire la messe démoniaque, blasphème le Dieu des chrétiens et consacre les hosties à Satan. Mais à peine a-t-il donné l'hostie blanche à l'enfant en guise de communion que l'un de ses aides empoigne une épée et décapite le nouveau baptisé. Le moine se saisit de la tête et la pose sur l'hostie noire. C'est à ce moment précis que Charles IX doit se pencher vers la tête et l'interroger sur l'avenir. Le souverain murmure une question inintelligible aux personnes présentes. Après un long silence, les lèvres de la tête coupée s'agitent et exhalent dans un murmure les paroles suivantes : « J'y suis forcé... J'y suis forcé... » Que signifient ces paroles ? Nul ne le sait. Sauf peut-être le roi qui, de saisissement, s'évanouit. Lorsqu'il reprend conscience quelques minutes plus tard, grâce aux sels qu'on lui a fait humer, il hurle : « Qu'on éloigne cette chose de moi ! »
Deux jours plus tard, après une agonie atroce au cours de laquelle il vomit du sang et pousse des cris de terreur, le roi Charles IX s'éteint, le 30 mai 1574, âgé d'à peine 25 ans. Les médecins chargés de l'autopsie témoignent que son coeur était racorni, comme si on l'avait longuement exposé aux flammes...
Le frère de Charles IX, qui lui succède sous le nom d'Henri III, use à son tour de magie noire pour envoyer des sortilèges de mort à la puissante famille des Guises, coupable d'alimenter la Ligue. Les principaux chefs de la coalition meurent assassinés en d'étranges circonstances. Les Guises se défendent en conviant leurs familiers à la cathédrale Notre-Dame, afin de transpercer d'aiguilles des statuettes de cire représentant la famille royale. Henri III fait alors fabriquer des contre-charmes grâce à des grimoires de sorcellerie qu'il fait venir d'Espagne où ils circulent librement à la cour de Philippe II. Cela ne l'empêche d'être assassiné en 1589. L'époque baigne à ce point dans l'obsession de la sorcellerie et de la magie noire que l'on croit que la main du régicide, Jacques Clément, était dirigée par des larves formées magiquement à la suite de cérémonies d'envoûtement et de haine.

L'année même de la mort du roi, un pamphlet séditieux paraît sous le titre Les Sorcelleries de Henri de Valois et les Oblations qu'il faisait au Diable dans le Bois de Vincennes . On y lit : « Henri de Valois et d'Epernon, avec ses autres mignons, faisait quasi publiquement profession de sorcellerie, étant commune à la cour entre iceux et plusieurs personnes dévoyées de la foi et religion catholiques. [...] On a trouvé dernièrement, au Bois de Vincennes, deux satyres d'argent, de la hauteur de quatre pieds. Outre ces deux figures diaboliques, on a trouvé une peau d'enfant, laquelle avait été corroyée ; et sur icelle y avait aussi plusieurs mots de sorcellerie, et divers caractères. [...] Lorsque plusieurs, dans les années 1586 et 1587, avaient été condamnés à mort pour sorcellerie, il [Henri III] les faisait renvoyer absous. Il ne faut pas s'émerveiller si, ayant délaissé Dieu, Dieu ne l'ait aussi délaissé. »
Contrairement aux Valois, Henri IV ne croit pas à la sorcellerie, qu'il qualifie de « sottises de femmelettes ». Mais il se trouve malgré lui associé aux intrigues florentines ourdies par les Médicis. Or, en 1599, Gabrielle d'Estrées meurt prématurément alors que le roi allait l'épouser. Dix ans plus tard, celui-ci est assassiné. Conséquence d'un sortilège ? Cosme Ruggieri, encore lui, avoue avoir tenté de l'envoûter. Et il avait prédit l'assassinat du roi. De là à penser qu'il l'avait magiquement fomenté

Thursday, June 22, 2006

9:33  Déposition de frère Jean Pasquerel, aumônier de Jeanne, lors de son procès de réhabilitation

J'étais au Puy, où se trouvait la mère de Jeanne, ainsi que quelques-uns de ceux qui l'avaient menée au roi quand j'ouïs parler pour la première fois de Jeanne et de sa venue à la cour. Ces gens, ayant fait connaissance avec moi, me dirent : « Il faut venir avec nous près de Jeanne. Nous ne vous laisserons que quand nous vous aurons conduit auprès d'elle. » Je vins donc avec eux à Chinon, puis à Tours.

J'étais précisément lecteur dans un couvent de cette ville. A Tours, Jeanne demeurait pour lors au logis de Jean, Dupuy, bourgeois de la ville: Nous l'y rencontrâmes. Mes compagnons lui dirent : « Jeanne, nous vous avons amené ce bon Père. Quand vous le connaîtrez bien, vous l'afinerez bien. » Jeanne leur répondit « Le bon Père me rend bien contente. J'ai déjà entendu parler de lui et dès demain je me veux confesser à lui. » Le lendemain je l'ouïs en confession, et je chantai la messe devant elle. Depuis cette heure, j'ai toujours suivi Jeanne et n'ai cessé d'être son chapelain jusqu'à Compiègne.

On m'a dit que quand Jeanne vint au roi, elle fut, à deux reprises, visitée par des femmes. On voulait savoir ce qu'il en était d'elle, si elle était homme ou femme, déshonorée ou vierge. Elle fut trouvée femme, mais vierge et pucelle. Elle fut notamment visitée, paraît-il, par la dame de Gaucourt et par la dame de Trèves.
………..
Au moment où Jeanne entrait au château de Chinon pour aller parler au roi, un cavalier se mit à dire : « N'est-ce pas là la Pucelle ? Jarnidieu ! si je l'avais une nuit, je ne la rendrais pas telle que je l'aurais prise. — Ha ! lui dit Jeanne, en nom Dieu, tu le renies et tu es. si près de la mort ! » Moins d'une heure après cet homme tomba dans l'eau et se noya. Je tiens ce fait de la bouche de Jeanne et de plusieurs autres personnes qui déclaraient avoir été présentes.

Le seigneur comte de Vendôme introduisit Jeanne dans la chambre du roi. Le roi l'apercevant lui demanda son nom. Elle dit : « Gentil dauphin, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné à Reims, et que vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Après beaucoup de questions du roi, Jeanne reprit : « Je te dis de la part de Messire que tu es vrai héritier de France et fils du roi, et il m'envoie à toi pour te conduire à Reims afin que tu y reçoives ton couronnement et ton sacre, si tu en as la volonté.» À la suite de cet entretien, le roi dit à son entourage que Jeanne lui avait parlé de certaines choses secrètes. que nul ne savait ni ne pouvait savoir hormis Dieu, et qu'ainsi il avait bien confiance en elle. Tout ce que je viens de dire je le tiens de Jeanne, car je ne fus témoin de rien.

Jeanne me disait qu'elle était vexée de tant d'interrogatoires ; qu'on l'empêchait de faire sa besogne, qu'elle était impatiente d'agir, qu'il en était temps. Elle avait demandé aux messagers de son Seigneur — son Seigneur c'était Dieu — ce qu'elle devait faire. Ils lui dirent de prendre l'étendard. Elle se fit donc faire un étendard où était représenté notre Sauveur assis en jugement sur les nuées du ciel, et où figurait un ange tenant en ses mains une fleur de lis que le Sauveur bénissait. J'étais à Tours quand cet étendard y fut bénit.
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Jeanne était très dévote envers Dieu et la bienheureuse Marie. Elle se confessait presque chaque jour et communiait fréquemment. Quand elle était en un lieu où il y avait un couvent de mendiants, elle me disait de lui remémorer les jours où les petits enfants des mendiants recevaient le sacrement de l'Eucharistie, pour qu'elle communiât avec eux. Et c'était son plaisir de communier avec les petits enfants des mendiants. Quand elle se confessait, elle pleurait.

Ayant quitté Tours pour aller à Orléans, nous fûmes à Blois deux ou trois jours environ, attendant les vivres qu'on y chargeait sur les bateaux. À Blois, Jeanne me dit de faire faire une bannière autour de laquelle se rassembleraient les prêtres et d'y faire peindre l'image de Notre-Seigneur crucifié. La bannière une fois terminée, Jeanne, chaque jour, matin et soir, me faisait convoquer tous les prêtres. Ceux-ci, réunis, chantaient des antiennes et des hymnes en l'honneur de la bienheureuse Marie. Jeanne était avec eux. Elle ne permettait à aucun homme d'armes d'y être s'il ne s'était confessé le jour même, et elle les avisait tous de se confesser pour venir à la réunion, vu que tous les prêtres qui en étaient se tenaient prêts à recevoir tout pénitent de bonne volonté. Le jour où on quitta Blois pour aller à Orléans, Jeanne fit rassembler tous les prêtres. La bannière en tête, ils ouvrirent la marche. Les hommes d'armes suivaient. Le cortège sortit de la ville, par le côté de la Sologne, en chantant : Veni creator Spiritus, et plusieurs autres antiennes.

Ce jour-là et le lendemain on coucha dans les champs. Le troisième jour, on arriva en vue d'Orléans... Les gens d'armes du roi, qui menaient un convoi de vivres, s'avancèrent jusque dans le voisinage de l'ennemi, si bien que Français et Anglais pouvaient, avec leurs yeux, se dévisager mutuellement. Mais la rivière était en ce moment si basse que les bateaux ne pouvaient monter ni venir jusques à la rive où étaient les Anglais. Heureusement, comme par un coup soudain, une crue d'eau se fit. Les bateaux purent aborder. Jeanne y entra avec des hommes d'armes et pénétra dans Orléans.

Pour moi, sur l'ordre de Jeanne, je retournai à Blois avec les prêtres et la bannière. Peu de jours après, à la suite d'une quantité d'hommes d'armes, je vins à Orléans, par la Beauce, avec la bannière et les prêtres, sans aucun empêchement. Jeanne vint à notre rencontre et nous entrâmes tous ensemble dans la ville. Il n'y eut pas de résistance : nous fîmes entrer le convoi sous les yeux mêmes des Anglais. C'était merveilleux. Les Anglais étaient en grande puissance et en grande multitude, excellemment armés et prêts au combat ; ils voyaient bien que ces gens du roi faisaient maigre figure vis-à-vis d'eux. Ils nous voyaient, ils entendaient chanter nos prêtres au milieu desquels je me trouvais portant la bannière. Eh bien ! ils demeurèrent tous impassibles et n'attaquèrent ni les clercs ni les hommes d'armes.

A peine étions-nous à Orléans que, pressés par Jeanne, les hommes d'armes sortirent de la ville pour aller attaquer les Anglais et donner l'assaut à la bastille Saint-Loup. Ce jour-là, d'autres prêtres et moi, nous rendîmes après dîner, au logis de Jeanne. Au moment où nous arrivions, nous l'entendîmes qui criait : « Où sont ceux qui me doivent armer ? Le sang de nos gens coule à terre. » Ayant été armée, elle sortit précipitamment et courut à la bastille Saint-Loup où avait lieu l'attaque. En route, Jeanne rencontra plusieurs blessés. Elle en eut très grande douleur. Peu après, elle marcha avec les autres à l'assaut et fit si bien que, violemment et par force, la bastille fut prise. Ceux qui s'y trouvaient furent faits prisonniers. Je me rappelle que cet assaut eut lieu la veille de l'Ascension. Il y eut là force Anglais mis à mort. Jeanne s'en affligeait beaucoup, parce que, disait-elle, ces pauvres gens avaient été tués sans confession ; et elle les plaignait fort. Sur place elle se confessa à moi. En même temps elle me prescrivit d'avertir publiquement tous les hommes d'armes de confesser leurs péchés et de rendre grâces à Dieu de la victoire obtenue ; sinon, elle ne les aiderait plus et même ne resterait pas en leur compagnie.

Ce même jour, veille de l'Ascension, Jeanne dit que dans cinq jours le siège d'Orléans serait levé et qu'il ne resterait plus un seul Anglais devant la ville. Or tel fut l'événement. Ainsi, comme je l'ai dit, nous prîmes ce jour-là, la bastille de Saint-Loup. Elle renfermait plus de cent hommes d'élite et bien armés. Il n'y en eut pas un qui ne fût tué ou pris.

Le soir de ce jour, étant en mon logis, Jeanne me dit que le lendemain, qui était le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, elle s'abstiendrait de guerroyer et de s'armer par révérence de belle fête solennelle ; et que ce jour-là elle voulait se confesser et communier. Ce qu'elle fit. Elle ordonna que nul ne sortît le lendemain de la ville et allât attaquer ou faire assaut, qu'il ne se fût préalablement confessé. Elle dit encore qu'on veillât que les femmes dissolues ne fissent partie de sa suite, car, à cause de leurs péchés, Dieu permettrait qu'on eût le dessous.

5 mai 1429.
C'est en ce jour de l'Ascension que Jeanne écrivait aux Anglais retranchés en leurs bastilles en cette manière (1) :
« Vous, hommes d'Angleterre, qui n'avez aucun droit en ce royaume de France, le Roi des cieux vous mande et ordonne par moi Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en vos pays. Sinon je ferai de vous un tel hahu qu'il y en aura perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous écrirai plus.
Ainsi signé :   « JHÉSUS MARIA, Jehanne la Pucelle. »
 « Je vous aurais envoyé mes lettres plus honnêtement ; mais vous retenez mes hérauts ; vous avez retenu mon héraut Guyenne. Veuillez me le renvoyer et je vous renverrai quelques-uns de vos gens qui ont été pris à la bastille Saint-Loup; car ils ne sont pas tous morts. »
La lettre écrite, Jeanne prit une flèche, attacha au bout la missive avec un fil et ordonna à un archer de la lancer aux Anglais en criant : « Lisez, ce sont nouvelles ». La flèche arriva aux Anglais avec la lettre. Ils lurent la lettre, puis ils se mirent à crier avec très grandes clameurs : « Ce sont nouvelles de la putain des Armagnacs. » A ces mots Jeanne se mit à soupirer et à pleurer beaucoup, invoquant le Roi des cieux à son aide. Bientôt elle fut consolée, parce que, disait-elle, elle avait eu des nouvelles de son Seigneur. Le soir, après souper, Jeanne me dit qu'il faudrait le lendemain me lever plus tôt que je n'avais fait le jour de l'Ascension et que je la confesserais de très grand matin. En conséquence, le lendemain vendredi, je me levai dès la pointe du jour; je confessai Jeanne et je chantai la messe devant elle et tous ses, gens. Puis, elle et les hommes d'armes allèrent à l'attaque, qui dura du matin jusqu'au soir. Ce jour-là, la bastille des Augustins fut prise après un grand assaut.

Jeanne, qui avait l'habitude de jeûner tous les vendredis, ne le put cette fois parce qu'elle avait. eu trop à faire. Ainsi elle soupa. Elle venait d'achever son repas lorsque vint à elle un noble et vaillant capitaine dont je ne me rappelle pas le nom. Il dit à Jeanne : « Les capitaines ont tenu leur conseil. Ils ont reconnu qu'on était bien peu de Français, eu égard au nombre des Anglais, et que c'était par une grande grâce de Dieu qu'ils avaient obtenu quelques avantages. La ville étant pleine de vivres, nous pouvons tenir en attendant le secours du roi. Dès lors le conseil ne trouve pas expédient que les hommes d'armes fassent demain une sortie. » Jeanne répondit : « Vous avez été à votre conseil ; j'ai été au mien. Or, croyez que le conseil de mon Seigneur s'accomplira et tiendra et que le vôtre périra. » Et s'adressant à moi qui étais près d'elle : « Levez-vous demain de très grand matin, encore plus que vous ne l'avez fait aujourd'hui, et agissez le mieux, que vous pourrez. Il faudra vous tenir toujours près de moi, car demain j'aurai fort à faire et plus ample besogne que je n'ai jamais eue. Et il sortira demain du sang de mon corps au-dessus du sein.
Donc, le lendemain samedi, dès la première heure, je me levai et célébrai la messe. Puis Jeanne alla à l'assaut de la bataille du Pont où était l'Anglais Clasdas (Glisdale). L'assaut dura depuis le matin jusqu'au coucher du soleil sans interruption. A cet assaut, l'après-dîner, Jeanne, comme elle l'avait prédit, fut frappée d'une flèche au-dessus du sein. Quand elle se sentit blessée, elle craignit et pleura, et puis fut consolée, comme elle disait.

Quelques hommes d'armes la voyant ainsi blessée voulurent la charmer. Mais elle refusa, et dit : « J'aimerais mieux mourir que de faire chose, que je susse être un péché, ou contraire à la volonté de. Dieu. Je sais,' bien que je dois mourir un jour ; mais je ne sais ni quand, ni où, ni comment, ni à quelle heure. S'il peut être apporté remède à ma blessure sans péché, je veux bien être guérie. » On appliqua sur la blessure de l'huile d'olive dans du lard ; et ce pansement fait, Jeanne se confessa à moi en pleurant et se lamentant. Ensuite, elle retourna derechef à l'assaut, en criant : Clasdas, Clasdas, ren-ti, ren-ti au Roi des cieux l Tu m'as appelée putain ; j'ai grand'pitié de ton âme et de celle des tiens. » A cet instant Clasdas;, armé de la tête aux pieds, tomba dans le fleuve de la Loire et fut noyé. Jeanne, émue de pitié, se mit à pleurer fortement pour l'âme de Clasdas et des autres, noyés là en grand nombre.
………..
J'ai souvent ouï Jeanne assurer qu'il n'y avait dans !son fait qu'un pur ministère ; et , quand on lui disait : « Mais rien de tel ne s'est vu. comme ce qui se voit en votre fait : en aucun livre on ne lit telles choses;» elle répondait: « Mon Seigneur a un livre dans lequel onques mil clerc n'a lu, tant soit-il parfait en cléricature. »

Sunday, June 18, 2006

0:57  Délivrance d'Orléans

Une dizaine de jours plus tard, le convoi partit, sous la conduite de Gilles de Rais et du maréchal de Sainte-Sévère. Jeanne avait promis qu'on ne rencontrerait aucune opposition et son crédit s'accrut considérablement quand on vit cette prédiction se réaliser. Bien que le convoi passât à une ou deux portées de flèche des lignes anglaises d'investissement et qu'on perdit beaucoup de temps à faire franchir la Loire aux troupeaux et aux vivres destinés à la ville, l'ennemi ne tenta aucune attaque. Il en fut de même lorsqu'un second convoi arriva à Orléans le 4 mai, à la surprise des Français et à la colère des Parisiens [alliés des Anglais] qui suivaient de loin les événements et qui ne pouvaient comprendre la paralysie dont semblaient avoir été soudain frappées les armes anglaises. Jeanne avait attendu avec impatience ces derniers renforts et demanda qu'on prit immédiatement l'offensive contre les assiégeants. Sans la consulter, on donna le jour même l'assaut à un ouvrage avancé des Anglais sur l'autre rive de la Loire. La légende rapporte que Jeanne s'éveilla au milieu de son sommeil, en s'écriant qu'on massacrait ses gens, et, sans prendre même le temps d'agrafer entièrement son armure, sauta à cheval et sortit au galop par la porte conduisant au champ de bataille. L'attaque avait mal commencé; mais dès que Jeanne fut arrivée, aucun Anglais ne réussit plus à blesser un Français et la bastille fut emportée. De violents engagements eurent lieu les jours suivants. Le 6, Jeanne fut blessée au pied par une chausse-trape et, le 7, à l'épaule par une flèche; mais, après une résistance acharnée, tous les ouvrages anglais de la rive gauche de la Loire furent pris et leurs garnisons tuées ou capturées. Les pertes anglaises furent estimées à six ou huit mille hommes, tandis que les Français ne perdirent pas plus d'une centaine de combattants. Le 8, les Anglais levèrent le siège et battirent en retraite si précipitamment qu'ils abandonnèrent leurs malades et leurs blessés, leur artillerie et leurs magasins. Le Français, enflammés par la victoire, brûlaient de poursuivre les fuyards; mais Jeanne s'y opposa: 'Laissez-les partir, dit-elle ce n'est pas la volonté de Messire qu'ils soient battus aujourd'hui; vous les retrouverez une autre fois.'

17:31  Arrivée de Jeanne d'Arc à Orléans

On préparait un convoi destiné à ravitailler Orléans; Jeanne fut autorisée à accompagner ce convoi. D'après les instructions de ses voix, elle se fit apprêter un étendard où figurait sur un fond blanc, entre deux anges, le Christ tenant le monde; à cet étendard, qui fut toujours au premier rang dans la bataille et qui passa pour un gage assuré de victoire, finit par être soupçonné d'être une oeuvre de sorcellerie. Jeanne se vit assigner une escorte, une garde, mais n'exerça, jamais, semble-t-il, de commandement officiel; cependant elle prétendait entrer en campagne comme envoyée de Dieu et jugea bon d'envoyer d'abord une sommation à l'ennemi. Le 18 avril, elle adressa quatre lettres, l'une à Henry VI, les trois autres au régent Bedford, aux chefs campés devant Orléans et aux soldats anglais de cette armée; elle demandait la restitution des clefs et toutes les villes occupées en France par l'ennemi; elle se déclarait prête à conclure la paix si les Anglais abandonnaient le pays et fournissaient une indemnité pour compenser les torts causés par l'invasion; sinon, en vertu du mandat qu'elle avait reçu de Dieu, elle les chasserait de France par une attaque armée dont on n'avait pas vu d'exemple depuis mille ans. Ces épîtres excitèrent un vif étonnement dans le camp anglais. Le bruit de l'arrivée de Jeanne s'était répandu; on la dénonçait comme une sorcière; tous ceux qui avaient foi en elle étaient des hérétiques; Talbot déclarait que si elle tombait entre ses mains, il la brûlerait vive, et les messagers qui apportèrent ses lettres ne furent sauvés d'un sort semblable que grâce à Dunois, alors commandant d'Orléans, qui menaça d'exercer des représailles.
Lea H.C. Histoire de l'inquisition au moyen-âge (1903). Paris: Robert Laffont, 2005. p. 1126.

Friday, May 26, 2006

La loi d'association, les congrégations religieuses et les persécutions


Depuis la Restauration, en réaction contre l'esprit laïc et souvent anti-clérical de la Révolution, des congrégations religieuses d'hommes et de femmes se formèrent, de plus en plus nombreuses. Les Jésuites en furent la meilleure illustration d'où les persécutions dont ils furent victimes par la suite. Il convient aussi de mentionner les Augustins de l'Assomption, congrégation fondée par le Père Emmanuel d'Alzon. Les congrégations féminines ne posèrent jamais vraiment problème car elles étaient composées de femmes vouées à des oeuvres à portée exclusivement charitable. Il n'en fut pas de même des congrégations masculines qui s'emparèrent entre autres de l'éducation. Depuis la Monarchie de Juillet, il n'y avait pas de liberté d'association. La plupart des congrégations n'avaient donc pas d'autorisation d'existence légale. <br> <br>
La loi adoptée en 1901 comprit deux parties très distinctes. Dans l'une, elle accordait la faculté de se constituer selon des formalités très simples à toute association dont le but ne serait pas contraire à la Constitution de l'État. Dans la seconde, elle soumettait les congrégations religieuses au contrôle de l'État, lequel autorise ou non leur existence selon l'utilité qu'elles présentent et mesure leur développement. Toute congrégation doit sous peine de dissolution demander une autorisation qui exigera le vote d'une loi. Une congrégation autorisée ne peut fonder de nouveaux établissements que si un décret le lui permet. Toute congrégation autorisée peut être dissoute par décret pris en conseil des ministres.
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Lors des péripéties qui accompagnèrent les lois sur l'instruction publique et obligatoire, les congrégations devinrent une cible de choix. En mars 1880 on leur enjoignit de régulariser leur situation dans les trois mois. Jules Ferry, alors président du Conseil adopta des mesures radicales contre les récalcitrants. Entre autres, il demanda aux administrations locales et à la police de procéder à l'expulsion des religieux qui ne s'